pour ne pas utiliser ces principes en cherchant à les perfectionner par des combinaisons moins coûteuses. Deux raisons surtout devaient stimuler leurs recherches; tout d’abord la question d’argent, grave question qui a eu une grande importance dans tous les temps; le mode de construction des coupoles nécessitait des piles et des arcs-doubleaux très puissants et, par conséquent, de grandes dépenses. Puis le besoin d’agrandir les églises qui, étant donnée la sévérité des lois liturgiques si puissantes au moyen âge, ne pouvaient être bâties ou réédifiées que sur le lieu consacré. D’où résultait la nécessité de modifier les voûtes afin de diminuer leur poids en les répartissant sur des points d’appui plus nombreux, mais d’une section moindre et permettant, comme conséquence, d’agrandir l’espace intérieur des églises.

Nous examinerons d’ailleurs cette transformation économique, après avoir étudié les églises à coupoles bâties en grand nombre, à l’exemple de Saint-Front ou suivant ses principes de construction.

Saint-Front présente les mêmes dispositions que l’église des Saints-Apôtres, dispositions que nous avons décrites dans le chapitre précédent.

Les nefs croisées figurant une croix grecque et couronnées de cinq coupoles sont formées par de puissants arcs-doubleaux qui, bandés sur les piles et réunis par des pendentifs appareillés normalement à la courbe ([fig. 159]), composent une assise inébranlable aux coupoles ovoïdes, sur plan circulaire, dont les poussées verticales se répartissent également sur les arcs mutuellement contrebutés. Les piles, percées de hautes et étroites arcades, établissent une circulation latérale; les murs de clôture, d’une mince épaisseur et formant le parement extérieur, sont percés de fenêtres en plein cintre.

Il est intéressant de remarquer l’analogie qui existe entre les dispositions de Saint-Front et de Saint-Marc et celles de Sainte-Sophie et des Saints-Apôtres à Constantinople qui rappellent le parti architectural adopté par les Romains dans les Thermes d’Antonin Caracalla; il est utile de revoir à ce sujet dans la première partie les chapitres III, XII et XIV.

A l’est, l’hémicycle primitif a été remplacé plus tard par une abside plus importante, et deux absidioles ont été ménagées dans le côté oriental des bras de la croix nord et sud.

A l’ouest, l’église à coupoles communique avec l’ancienne église latine dont nous avons parlé au chapitre XI de la première partie et sur deux travées de laquelle le grand clocher, marquant la sépulture de Saint-Front, aurait été élevé par Frotaire, évêque de Périgueux sur la fin du Xᵉ siècle.

Les grands doubleaux de l’église à coupoles présentent cette particularité d’être des arcs brisés. Ainsi que nous l’avons déjà dit au chapitre X de la deuxième partie, cette forme est un moyen de construction, plutôt qu’un caractère d’architecture, employé pour diminuer l’action des poussées de l’arc plein cintre, beaucoup plus énergique que celles de l’arc brisé.

Du reste, l’arc brisé était connu bien avant la construction de Saint-Front; les savants dont nous parle Quicherat signalent sa présence: au Caire, dans des monuments arabes du IXᵉ siècle de notre ère; au centre de l’Arménie, à Diarbekir, dans un portique de l’époque romaine et dont les colonnes sont reliées par des arcs brisés; enfin, remontant encore plus haut dans l’histoire, en Perse où les constructeurs n’ont pas employé d’autres cintres depuis les derniers Sassanides.