Le chevet a aussi un grand caractère; orné de deux ordres superposés, comme à Baqouza et à Qalb-Louzeh, il est remarquable par l’harmonie et la vigueur de ses lignes; l’abside est à pans coupés dont l’arête est ornée de colonnettes, elle forme un demi-dodécagone régulier. Les bases ont un profil qui accuse le VIᵉ siècle et la sculpture des chapiteaux de l’abside, plate et comme découpée, paraît être du même temps.
De même qu’à Qalb-Louzeh, le narthex qui précède la porte principale est d’un grand effet et la large arcade qui lui donne accès, entre les deux tours, est d’un vigoureux caractère.
Cette disposition est fort originale et il est facile d’y reconnaître, en germe, la disposition des façades du moyen âge occidental.
C’est à l’abside surtout qu’apparaît, de la manière la plus évidente, ce lien de parenté qui unit les églises de la Syrie centrale à celles de l’Occident.
Extérieurement, cette abside est décorée, comme à Qalb-Louzeh, de deux ordres de colonnettes directement superposées; la donnée est encore antique, bien que l’application en soit absolument nouvelle. L’architecte, doué d’un grand sens pratique, a supprimé, les jugeant inutiles, la corniche, la frise et l’architrave qu’un constructeur romain n’eût pas manqué d’intercaler dans sa composition. Néanmoins la colonne est restée antique dans ses proportions et dans le rapport des deux ordres[18]; mais que le temps et la réflexion fassent litière de ces derniers scrupules, que ce chapiteau et cette base intermédiaires, inutiles, disparaissent ou soient remplacés par une bague, que la longue colonnette ainsi obtenue se rapproche de sa voisine, que les corbeaux de la corniche se serrent en se découpant, l’abside romane de France ou des bords du Rhin apparaît et sa filiation s’établit.
Le temple de Jérusalem, célèbre à plus d’un titre,
FIG. 51.—ÉGLISE DE TOURMANIN (SYRIE CENTRALE). (Vue perspective de la façade.)
est ici particulièrement intéressant parce qu’il est un exemple, fort rare au VIᵉ siècle, de coupoles en pierre, appareillées normalement.