Les premières constructions de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, furent faites d’après les ordres de Constantin.

«Commencées en 326, elles furent achevées en 335, année de leur dédicace. Elles comprenaient une grande basilique, des cours et des colonnades ([fig. 119]). Ces magnifiques édifices furent totalement rasés, en 614, par Chosroës II, roi des Perses. A ses bandes victorieuses s’étaient joints des milliers de Juifs, qui furent les plus acharnés à l’œuvre de massacre et de destruction... La restauration fut entreprise par un moine nommé Modeste, supérieur du couvent de Théodose, et depuis patriarche de Jérusalem. Avec l’aide de saint Jean l’Aumônier, patriarche d’Alexandrie, elle fut achevée dans l’espace de quinze années. Modeste ne put pas, comme Constantin, recouvrir d’une seule et immense basilique l’ensemble des Saints Lieux; il se borna à construire sur chaque emplacement vénéré une petite église selon le goût du temps... Ce fut dans cette nouvelle église de la Résurrection que, le 14 septembre 629, l’empereur Héraclius II, vainqueur à son tour de Chosroës, rapporta sur ses épaules le bois de la vraie croix, précieux trophée de ses triomphes. Mais le règne des chrétiens ne devait pas être de longue durée. Huit ans après l’exaltation de la croix, les disciples de Mahomet, vainqueurs d’Héraclius et de Jezdegerd, maîtres de la Syrie et de la Perse, assiégeaient Jérusalem... Le patriarche Sophronius se mit à la tête des habitants et, par sa vigoureuse résistance, obtint au moins une capitulation. Le premier article stipulait que le calife recevrait lui-même la soumission des vaincus. Omar vint donc de Médine... Il conclut devant la porte de la ville sainte un traité qui garantissait aux chrétiens la possession de leurs églises et la liberté de leur culte... Puis il entra dans Jérusalem, alla prier sur les marches de la porte orientale de l’église du Saint-Sépulcre et jeta les fondements d’une mosquée sur les ruines du temple, après avoir indiqué l’emplacement de la grande coupole qui porte vulgairement son nom (637). Depuis ce temps jusqu’au commencement du XIᵉ siècle, l’église de Jérusalem traversa diverses alternatives de repos et de persécution. Le règne le plus heureux fut celui du célèbre Haroun-al-Raschid (786 à 809). Les chrétiens durent à la modération du calife et à ses relations amicales avec Charlemagne quelques années de tranquillité. On sait que le nouvel empereur d’Occident inaugura cette protection, dont l’exercice séculaire devint le droit et l’honneur du souverain de la France; vers l’an 800, il envoya d’abondantes aumônes en Terre-Sainte pour la réparation des églises... L’époque la plus triste de toute cette période fut celle qui suivit la mort d’Haroun-al-Raschid; à la faveur de l’anarchie qui désola l’empire arabe, la persécution s’étendit sur la communauté chrétienne... Le nouveau souverain,

FIG. 119.—ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE (JÉRUSALEM).

(Plan de la basilique de Constantin restaurée.)

Hakem-Biamr-Illah, en 996, ordonna la destruction complète des églises de Jérusalem, poussé, dit Raoul Glaber, par les Juifs d’Occident... Les ordres du calife furent sévèrement exécutés; les églises de la Résurrection, du Calvaire, de Sainte-Marie, de Sainte-Hélène tombèrent sous le marteau et la torche des démolisseurs; le saint tombeau échappa seul à l’action du fer et du feu... On attribue à l’intervention de Marie, mère de Hakem et sœur des deux patriarches de Jérusalem et d’Alexandrie, le brusque changement qui se fit dans les dispositions du vainqueur. L’année même de la destruction des églises saintes (1010), il permit de les restaurer. Alors, dit Raoul Glaber, accourut de tout l’univers une foule immense de pèlerins apportant de l’argent pour la reconstruction de la maison de Dieu. Mais les

FIG. 120.—ÉGLISE DU SAINT-SÉPULCRE (JÉRUSALEM).

(Plan depuis le VIᵉ siècle.)