On eût dit un sorcier. Il semblait fou d’ailleurs, cet homme. Il se servait d’un langage et d’un ton de prophète et avait quelque chose d’égaré dans la physionomie.
Renseignements pris plus tard, il paraît que des agressions nombreuses avaient été signalées dans les bois de chênes-lièges qui couvraient la région du lac Fezzara.
On y arrivait avec la nuit. A Aïn-Mokra, dernier centre avant Bône, on demanda des explications. Les personnes interrogées nous rassurèrent.
On roula dans la nuit bleue. On rencontra un douar, environné d’Arabes. Puis, un peu avant sept heures, à dix kilomètres de Bône, on croisa les membres du Véloce-Club, venus au nombre d’une vingtaine à notre rencontre. A sept heures et demie, nous étions réunis près de quarante au siège du Club.
C’est là que, convaincus de toucher enfin à la frontière tunisienne, nous dûmes entendre cette lamentable réponse : « Il n’y a pas de route praticable par la Calle, il faut que vous retourniez dans le Sud. Il faut que vous alliez passer par Soukarras ! »
Quel désastre !
XXI
RENCONTRE DES TROUPES FRANÇAISES. SOUKARRAS
Soukarras est situé à cent trente kilomètres environ au Sud de Bône. On partit à neuf heures du matin, laissant à regret cette dernière ville pimpante, gracieuse, embellie d’une promenade aux décors de palmiers. On croisa la route de la Calle, celle qui, suivant le littoral, nous eût conduits en Tunisie directement par le Nord.
La route était atroce ; l’une des plus mauvaises de toute notre traversée. Défoncée, remplie de fondrières, où s’étaient entassés des monceaux de poussière. Et les cailloux s’y mêlaient, petits, mais dangereux par leurs pointes multipliées.
La campagne était plane ; pas pour toute la journée, hélas ! En marchant vers Soukarras nous revenions une fois de plus dans les montagnes, et quelles montagnes, alors ! Rien que chaînes sur chaînes. Combien péniblement on allait la gagner, cette fin de l’Algérie !