La campagne encore plane, dis-je, était couverte de vignes. On en avait peu vu sur notre parcours, quelquefois cependant ; vignes flétries, rougeâtres ; la saison était close.

On roula, fortement gêné par la poussière horrible ; pourtant on fit du chemin. Voici Mondovi, un village bâti des deux côtés de la grande route, à l’aspect fort animé ; partout des types européens. Puis on arriva à Saint-Joseph, un hameau. La campagne brusquement était redevenue montagneuse et la marche pénible.

On s’arrêterait à Duvivier, pour déjeuner. Il était près d’une heure quand on y arriva.

Duvivier est au sommet d’une côte, et comme nous débouchions dans le village, nous aperçûmes des soldats, puis d’autres encore, et bientôt on en vit de tous les côtés. On tombait dans les grandes manœuvres, mais ce n’était qu’une petite partie des troupes. Duvivier était envahi pourtant.

— Nous sommes volés, dis-je à mon compagnon, nous ne pourrons pas nous faire servir, nous arrivons trop tard.

On pénétra dans un hôtel. Quel aspect d’hôtel, bonté du Tout-Puissant ! C’était le seul. Gorgé de soldats, de la cavalerie. Partout, dans tous les coins et recoins, dans la cour ; c’était la fin du déjeuner, et des détritus immondes jonchaient le sol humide et gluant ; une atmosphère empuantie de tout cet amas d’hommes, suant, mangeant, buvant et fumant.

Van Marke déclara, sans s’émouvoir :

— Nous ne trouverons rien, ici.

— Je le crains, répondis-je, beaucoup plus inquiet.

Erreur ! On quitta la cour pour rentrer dans la pièce principale de « l’hôtel » que nous avions traversée seulement, surpris que nous avions été par l’effroyable entassement des soldats attablés et serrés autour des tables, ruisselantes de liquides de toute espèce, mélange repoussant de vin, eau-de-vie, café, absinthe. Le patron, qu’on eût pu croire troublé dans cette invasion, nous dit : On va vous servir. La patronne va s’occuper de vous.