Voici un groupe d’Arabes, conduisant une charrette. On demanda à quelle distance la fin de la côte : neuf kilomètres !

Elle en avait vingt-quatre, cette côte-là.

Alors, comme nous grimpions toujours, on arriva à un village, la Verdure. On s’y arrêta.

Et là on nous dit que nous en avions encore pour trois ou quatre kilomètres de montée. Mieux valait repartir le lendemain.

Ce village de la Verdure ne tirait pas son nom, comme on l’eût pu croire, de sa situation, enfoui qu’il était dans des couches épaisses de feuillages. La Verdure était le nom du fondateur du village, un colon, venu de France, et qui avait établi là son centre d’opérations.

On nous dit que nous étions au milieu de la « petite guerre. » Les troupes rencontrées à Duvivier n’étaient qu’un commencement. On allait rencontrer le gros de l’armée qui devait être ce soir-là à Soukarras, mais qui arriverait à coup sûr le lendemain matin.

Dès la première heure, on se remit en route. Au village d’Aïn-Semour, le suivant, il y avait une fontaine d’eau gazeuse connue dans tout le pays. On n’osa en boire, comme dans la montagne de Milianah.

Enfin la côte se termina. Et de là-haut, on aperçut au fond d’un val, une nuée, amas grouillant de petits insectes, autour des tentes un campement de troupes françaises.

Maintenant, on dévalait. Et ce ne fut pas long. Soukarras nous apparut, dans le flanc de la montagne. Et comme on y arrivait à huit heures du matin, voici que les troupes commencèrent à défiler.

Elles défilèrent, défilèrent ; c’étaient les troupes de Tunisie ; ça n’en finissait pas.