Notre espoir fut grand lorsqu’au départ de Soukarras, on constata que la route se dirigeant vers la frontière de Tunisie, avait des bornes kilométriques. Numériquement, ces bornes partaient de Soukarras.
La route commença par une forte descente. Elle était surchargée de poussière et abîmée de cailloux. Des potagers nombreux à droite et à gauche. Puis des escarpements, car on était toujours dans la montagne, dont les chênes tapissaient les flancs.
La chaleur se fit sentir très vite et très violente, mais la route s’améliora dès que les approches de la ville furent dépassées. Elle était étroite, mais régulièrement tracée et bien entretenue. Elle allait en serpentins continuels par exemple ; courant au milieu des mamelons abrupts, aux alentours, le sol était de cette teinte vert fané ou grise, déjà remarquée du côté de Mansourah.
A un coude en demi-cercle, une maisonnette se montra. Déserte, complètement, cette maisonnette, mais du milieu du demi-cercle où elle se trouvait placée, des pistes arabes partaient en diverses directions. Ces pistes sont de larges tracés faits au milieu des champs par le seul passage des caravanes.
C’est la terre simplement battue, comme dans les sentiers, mais sur une largeur de plusieurs mètres, terre irrégulière, mal tassée, pleine de saillies ; parfois grasse et molle, suivant la nature du sol.
Pas d’hésitation pour nous, puisque la route ferrée continuait. Elle avait même toujours ses bornes kilométriques.
Des côtes longues et raides apparurent et du sommet de l’une d’elles, on vit Soukarras derrière nous, posé dans une corbeille de montagnes.
On croisa des cavaliers arabes.
— Était-ce bien la route du Kef ?
A notre question, ils faisaient une réponse mal assurée. Le Kef est la première ville tunisienne, la plus rapprochée de la frontière, et où nous avions fixé la fin de notre étape.