La chaleur était tout d’un coup devenue atroce, et jusqu’à présent nul village, nulle habitation. D’ailleurs, notre carte n’en indiquait pas.

Après une douzaine de kilomètres environ, au bas d’une forte descente, une maison blanche, d’un blanc sale, rectangulaire, se dressa sur le bord du chemin. On s’arrêta.

Dès que nous avons mis pied à terre, nous nous trouvons en présence d’une nichée d’Arabes accroupis sur leurs talons, en demi-cercle dans une pièce de devant dont la porte est restée ouverte. Ils ne font rien, suivant la coutume ; ils se laissent vivre ; l’un deux tient un sac de grenades devant lui.

A franchement parler, leur mine n’est point aussi engageante que celle de leurs frères déjà rencontrés sur le chemin. Pourtant, ils ne font rien qui puisse nous inquiéter.

Je demande un peu d’eau pour étancher notre soif ardente. L’un de ces Arabes prend alors une vaste écuelle et me la tend.

Je m’en saisis et me mets en devoir d’en absorber une partie du contenu.

Horrible ! horrible ! Un poison immonde. Un goût de charogne au goudron !

Mais les physionomies de ces naturels me paraissent décidément peu sympathiques.

Faisant un violent effort sur moi-même, je garde un visage impassible et je tends l’écuelle à Van Marke, dont les traits se modifient légèrement, mais qui absorbe, lui aussi, sans murmurer.

Je demande des grenades. On nous en présente, mais les yeux de cette bande s’allument à la vue de nos sous. Alors, je feins de marchander en laissant croire que nous n’avons que quelques malheureux sous. Mais ils nous font comprendre que c’est inutile, et il faut laisser les sous que nous avons dans la main, pour un nombre de grenades fort restreint ; ce qui nous était parfaitement égal, attendu que, comme la première fois, il nous eût été singulièrement difficile d’emporter sur nos machines une cargaison de ces fruits.