Enfin nous partons et nous nous communiquons aussitôt nos impressions sur le liquide nauséabond de cette bande de sauvages.
Mon bon belge déclara tout simplement : « Ce n’est pas de l’eau qu’ils nous ont servi, c’est du poison ! Oh ! cette eau ! » La route recommença à monter, et dès le début de la côte des chiens arrivèrent. D’où sortaient-ils ? Est-ce que nos sauvages les lançaient à notre poursuite ? C’étaient des chiens kabyles, genre chiens de berger, couverts de poils gris et rouges, longs et embroussaillés. Ils hululaient autour de nous. Un concert charivarique à faire perdre à jamais le sens de l’harmonie.
Ils se tenaient éloignés, ces chiens kabyles ; les bicyclettes, qu’ils voyaient certainement pour la première fois, semblaient les effrayer ; mais ils faisaient passer en notes de musique ce qu’ils ne pouvaient faire avec leurs dents, et on eût dit qu’un diable mis à leur poursuite les écorchait pour les faire hurler.
La route continuait ses vastes lacets, dont l’un apparut tellement accentué, que la route semblait presque complètement revenir sur elle-même. D’ailleurs les caravanes devaient souvent prendre le raccourci, car les deux extrémités de l’s, formée par la route, étaient reliées ensemble par une piste arabe. Van Marke annonça qu’il prenait le raccourci et s’engagea sur la piste, tandis que je continuais la route ferrée.
Le malheureux belge !
J’étais déjà arrivé à l’extrémité de ma route ferrée, quand je l’aperçus traînant sa jambe et poussant sa machine. Impossibilité complète de rouler sur ce sol, gras et collant, à cet endroit ; il essaya de passer dans l’herbe, mais les touffes le gênaient et l’embarrassaient davantage encore.
Il arriva, bien décidé à ne pas renouveler l’expérience.
Maintenant le sol de la route se modifiait complètement.
L’empierrement apparaissait, à découvert. Seulement, on nous l’avait dit à Soukarras, et nous eussions pu nous en douter, les troupes rencontrées la veille étaient venues par ce chemin et la cavalerie avait soulevé les cailloux dont les pointes se dressaient par milliers.
Nous étions ainsi soumis à une danse continue et assommante ; petits soubresauts énervants au possible.