Mais nous étions décidés l’un et l’autre à marcher de l’avant. Après tout, que nous importait ! Notre traversée de l’Algérie touchait à sa fin, et si nous avions désiré pousser jusqu’à Tunis, ce n’était que comme complément, nullement indispensable, de notre entreprise. Il est certain que les trépidations étaient à ce point violentes que les machines risquaient de nous laisser en panne. Mais, encore une fois, que nous importait !
Voici que bientôt un nouveau changement se produit. Les cailloux ont cessé. A leur place ce n’est plus que de la terre remuée et à moitié transformée en poussière. A droite et à gauche des tas de pierre, mais de la pierre brute, non cassée. Nous marchons toujours de l’avant.
En réalité, nous entrions dans un chantier ; la route était en formation. On juge de la difficulté de notre marche. Notre roue d’arrière chassait dans la poussière et nous tombions tantôt à droite, tantôt à gauche.
Ce qui nous surprenait, c’était l’absence totale d’ouvriers. On rencontra une brouette à moitié enfouie dans l’amas de terre.
— On n’y travaille plus à cette route, observa Van Marke.
— Peut-être, répliquai-je, les ouvriers suspendent-ils leur travail, durant le milieu de la journée, à cause de la chaleur.
Il était, en effet, près de onze heures du matin.
Mais le chantier se prolongeait.
Je marchais à quelques mètres en avant, quand mes roues chassant dans la poussière, je tombai juste près d’un tas de pierres énormes.
Je vis l’instant où mon front portant contre l’angle de l’une de ces pierres, j’allais me blesser grièvement, mais, par instinct, un de mes bras lâchant le guidon, se raidit, et je m’en tirai avec une simple écorchure à la main !