Tandis que fort penaud de mon aventure, je me redressais pour voir l’effet produit par ma chute sur mon compagnon, je l’aperçus les « quatre fers en l’air » et se relevant, lui aussi, péniblement.

La coïncidence rendait l’affaire particulièrement comique et nos rires provoquèrent de nouvelles chutes. Nous ne cessions de rouler dans la poussière.

On allait ainsi, absolument stupéfiés de cette absence totale d’ouvriers, car on apercevait de temps à autre des brouettes toujours noyées sous la terre remuée.

Soudain, tout s’expliqua. A un coude de cette route en formation, tandis qu’on roulait à coups de pédale renforcés, brusquement, une quinzaine d’ouvriers apparurent. Et au delà du groupe, plus rien !

A notre vue, l’un des ouvriers poussant une exclamation, tous se redressèrent et, s’appuyant du menton sur le manche de leur outil, plusieurs, le visage narquois, l’accent moqueur, nous dirent : « Eh mais… où allez-vous ? »

C’étaient des condamnés qui, sous la surveillance d’un gardien, faisaient la route. Le gardien, fort diverti pourtant par notre brusque arrivée, ne laissa pas à ses hommes le temps de renouveler leur question. Il fallait qu’ils se remissent à la besogne.

Nous touchions donc aux confins de l’Algérie. Nous étions, là, à quelques kilomètres à peine de la frontière tunisienne.

Au delà du groupe des travailleurs, rien ! ni sentier, ni piste arabe : les brousses !

Les brousses qu’ils défrichaient au fur et à mesure, ces condamnés, ployés sous un soleil sénégalien.

Nous espérâmes quelques instants pouvoir rouler dans cette campagne primitive, mais les roues ne tenaient pas dans ce sol embarrassé d’herbes sauvages, et d’ailleurs comment nous guider ?