En avançant à la suite d’un corps de troupe, l’expédition eût pu s’accomplir ; il est toujours loisible, quand on a le temps, de marcher à pied en poussant sa machine. Mais dans notre cas ! Notre temps était limité, et puis quel guide prendre ?

Il fallut se décider à revenir sur ses pas. Ce ne fut pas sans voir se renouveler les chutes dans la terre mouvante. Effroyables cahots que nous supportions maintenant, avec d’autant plus de vaillance que pour nos montures nous ne risquions presque plus rien. Notre but principal était atteint.

On rentra à Soukarras à une heure de l’après-midi. Et c’est alors que j’expédiai aux amis de Paris un télégramme ainsi conçu :

« La traversée de l’Algérie est terminée. Nous arrêtons ici notre expédition à bicyclette, faute de route pour pénétrer en Tunisie. »

XXIII
TUNIS

L’échec que nous avions éprouvé ne pouvait nous faire renoncer à poursuivre notre voyage jusqu’à la ville de Tunis, que nous comptions bien visiter, et où nous pouvions nous rendre par un mode de locomotion plus directement en rapport avec les mœurs présentes : le chemin de fer.

Mais cet échec me laissait un regret des plus vifs : celui de n’avoir pu rouler sur le sol tunisien.

— « S’il y a des routes en Tunisie, dis-je à mon compagnon, nous en trouverons à coup sûr aux environs de Tunis. En nous arrêtant à une station de quelque importance avant cette ville, nous risquons de trouver une voie permettant de rouler sur nos machines. Et ainsi nous pourrons faire notre entrée à bicyclette dans Tunis, où nous sommes attendus. »

La carte fut consultée, et Tebourba fut choisi ; station située à trente-cinq kilomètres environ de Tunis. C’est là que nous nous arrêterions.

La pensée que notre expédition était heureusement terminée, le souvenir commençant déjà de mille petits incidents dont elle avait été remplie, des spectacles admirés, des beautés rencontrées sur la route, nous firent apprécier au plus haut degré la ville où nous nous trouvions en ce moment ; et on la visita dans tous ses détails durant tout l’après-midi et la matinée du lendemain, le train de Soukarras à Tunis ne partant que vers deux heures.