Une ville taillée sur l’éternel modèle algérien : au centre une superbe place régulière d’où partent toutes les voies principales, rues droites et assez larges. Sur cette place où, le soir, la musique vient souvent se faire entendre, passent nombreux les burnous et les têtes rouges. C’est là que sont situés les cafés européens, maisons assez élevées, quelques-unes même élégantes.

De cette place centrale part une rue, la rue commerçante de la ville, remplie de petits magasins, à devanture étroite mais criarde, aux marchandises toujours débordantes sur le devant ; elle va rejoindre la place de la Halle, une halle arrondie, vaste et haute. Le soir, comme on la parcourait, entra une procession de chameaux grands et petits.

Hors ville, mais fort rapproché pourtant, vu le peu d’étendue de l’agglomération, s’étend un jardin paradisiaque, où les arbustes en fleurs étaient multipliés sous le dôme épais des rameaux verts déployés par les arbres orientaux.

Ce même soir on alla prendre un bain maure. On nous avait souvent parlé des bains maures comme d’un reconstituant énergique.

C’est, en réalité, un hammam, où l’on est soumis à des frictions généralement plus vigoureuses qu’en Europe. Ils sont tous installés de même, car j’en avais visité déjà deux et j’en devais voir un quatrième à Tunis. Une première salle, mal éclairée, suffocante à force de vapeur, où à droite et à gauche sont étendues deux vastes « plates-formes » occupant toute la longueur de la pièce. Sur ces couches, en rang d’oignon, des Arabes enfouis sous des linges ou assis sur leurs talons, suivant l’éternelle coutume. Partout, remplissant la pièce, des pendeloques blanches, burnous, peignoirs, linges pendus à des cordes.

Comme nous entrions, accompagnés d’un ami, on nous dit de nous déshabiller là, dans ce tas, ce qui fut exécuté aussitôt. On parle de l’impudicité des Orientaux ! Possible ! mais pudibonds dans beaucoup de leurs manières, car si chez nous, entre hommes, on ne se gêne guère sous le rapport de la décence, dans les circonstances comme celle où nous nous trouvions ici, on dut prendre des précautions ordonnées, paraît-il, par un usage tout extérieur, peut-être, mais très réel.

Puis, l’opération terminée, on passa dans la pièce voisine ; une salle de sudation, simple et nue. Un nègre au torse formidable nous saisit et, nous étalant sur le sol, à plat, nous fit subir des torsions dont, en effet, je n’avais auparavant qu’une faible idée. Puis, une inondation d’eau chaude. Et ce fut tout.

On nous enveloppa de linges au point de ne laisser voir qu’une faible partie du visage, puis, quelques secondes après, nous voici intercalés dans les rangs d’Arabes ; nous semblions deux momies égyptiennes. Et l’on demeura là, longtemps, fort longtemps. Personne ne nous adressait la parole.

A la fin, me demandant comment cette situation quasi grotesque finirait, je tournai la tête du côté de Van Marke. Le bon Belge s’était endormi !

C’est pour le coup qu’il semblait une momie d’Égypte ! Je lui parlai, ma bouche presque contre son oreille :