— Hé ! Van Marke !

Mon compagnon lentement ouvrit les yeux, mais comme il restait en état de pétrification, je me demandai s’il ne se croyait pas en cet instant changé en Arabe. Mais non ! il se mit à sourire, de ce sourire pacifique dans lequel les traits se distendent avant que le son ne sorte du gosier, et il dit :

— Eh bien ! quoi ? Nous ne sommes pas pressés.

— Pas pressés ! Sais-tu depuis combien de temps nous sommes là ? Depuis une heure, mon garçon ; on nous attend, tu le sais.

— Eh bien ! partons, continua le doux Belge, toujours étendu et dont pas un seul membre ne bougea.

Mais, à ce moment, un spectacle des plus comiques autant qu’inattendu attira notre attention.

Un des Arabes accroupis s’était levé. Puis il s’était mis à genoux, avait courbé la tête, arrondi son dos, joint les deux mains et, soulevant son corps entier, il se redressait, pour ensuite retomber à genoux comme une masse, mouvement assez semblable à celui d’une grenouille qui eût « marché sur place ».

A la vue de cette contorsion subite en un pareil lieu, notre ahurissement fut complet, mais il ne pouvait se traduire par aucun signe extérieur, bloqués que nous étions dans nos langes multipliés. Toutefois, le Belge comprit le premier à quel exercice cet indigène se livrait, et il dit sur un ton qui d’ailleurs n’avait rien perdu de son flegme :

— C’est un Arabe qui fait ses prières.

— Tu crois, en un pareil lieu ?