Parmi les nombreux cyclistes venus à notre débarquement, se trouvait, inutile de le dire, M. Mallebay. Il était accompagné d’un de ses amis qui, lui aussi, s’était mis à notre entière disposition, M. Mayeur, directeur de la Photo-Revue, lequel devait jouer un rôle important au cours de notre voyage. Enfin, plusieurs autres cyclistes nous servirent aussi de guides à travers la belle cité africaine, l’une des reines de la Méditerranée. Nous n’avions crainte de nous trouver isolés.

Quand, debout sur la passerelle de l’Eugène-Pereire, on avait aperçu le panorama de la capitale algérienne, nous avions vu la ville sous son aspect le plus éblouissant, malgré l’orageux décor dans lequel elle s’était présentée. Placés en face du féerique demi-cercle formé par la baie, nous avions à droite l’émerveillant amphithéâtre formé de la masse des maisons blanches d’Alger, et à gauche Mustapha, nouvel amas de bouquets blancs et verts, puis d’étage en étage, au-dessus, des jaillissements touffus de verdure foncée.

Au-dessous d’Alger, presque en face de nous, se dressait la longue suite d’arceaux qui semblent donner entrée à de vastes souterrains sur lesquels la ville serait bâtie : spectacle incomparable, le premier qu’il m’a été donné de voir et que les voyageurs considèrent d’ailleurs comme l’un des plus sublimes qui soient au monde.

Vu notre court séjour dans Alger, nous n’avions pas la prétention d’en visiter toutes les curiosités.

On voulut voir son aspect extérieur et on la parcourut dans tous les sens.

On put constater son extraordinaire animation et nous pûmes voir aussi, notre attention devait fatalement être attirée de ce côté, combien le cyclisme y était avancé déjà. Les cyclistes étaient nombreux dans les rues. Il existe même un café, rendez-vous des vélocipédistes algériens, et qui porte comme dénomination : « Café du Vélo ».

On visita aussi la Kasbah, la ville arabe, qui domine la ville européenne.

Le sport cycliste a bien des exigences. Il est peu de lecteurs assurément qui ne le sachent : quand un sportsman pratiquant veut se livrer à un acte sportif, il doit observer un précepte, excellent d’ailleurs pour tous ceux qui ont à faire, dans une circonstance donnée, une dépense de forces particulièrement excessive, sans parler, n’est-ce pas, de la morale religieuse et même universelle qui en fait un devoir absolu ; précepte dont l’application n’est généralement guère le fait des jeunes champions grands ou petits, un peu trop exposés à tous les genres d’« entraînement ».

Ayant toujours en vue, dans mes expéditions, le but final que je désire atteindre, je me considère comme le Mentor naturel de mes compagnons que je surveille, naturellement, au point de vue de l’application des préceptes dictés par les principes de la saine doctrine sportive ; je dis sportive, ne me considérant pas comme autorisé à m’ingérer dans les faits et gestes de qui que ce soit, au point de vue de la pure morale du christianisme.

Or, la bouillante jeunesse qui nous entourait nous avait prévenus qu’une visite à la Kasbah était dangereuse ; avis auquel d’ailleurs nul n’attachait d’importance et que l’on avait émis par le désir si répandu chez les jeunes gens de converser malicieusement sur un sujet scabreux.