On dîna à sept heures au buffet de Souk-el-Arba, puis à neuf heures du soir nous abandonnions notre train, à Tebourba, le laissant achever sa route sur Tunis.

Dès la sortie de la gare, ce ne fut que ténèbres pour nous. Quelques arbres disséminés sur un sol coupé de haies ou de murs bas. Le chef de station consulté nous indiqua la direction à suivre. On était à cinquante mètres du village. Des masures exiguës et basses, agglomérées sur un espace étroit.

Dès l’abord, on trouva un « hôtel ». Je prie le lecteur de n’attacher au mot hôtel nul sens pouvant rappeler de près ou de loin le genre d’établissement auquel ce nom se rapporte en général. Une pièce de trois ou quatre mètres carrés au plus, en contre-bas de la rue rétrécie, ou plutôt du sol, car ce n’était ni une rue ni une route. Deux tables à droite et à gauche et un comptoir. Le tout écrasé sous un plafond bas et éclairé par une lumière de sépulcre. C’était un Français qui tenait ce gîte. Il était à peu près seul de sa nationalité dans ce village.

Tout de suite on absorba un peu de liquide, la soif nous tenant toujours dans ce pays dévoré par le soleil. Et pendant qu’on absorbait ainsi, des Tunisiens couchés sur la terre, près de l’ouverture du taudis, faisaient entendre ce chantonnement monotone déjà signalé à Maillot, mais il semblait plus sauvage celui-ci, et il ne cessa pas.

On resta là une partie de la soirée, dans ce bouge, puis on alla voir un peu ce village : des masures je l’ai dit, des cours carrées, entourées de murailles à hauteur d’homme et des indigènes à turban, tous assis ou couchés ; quand on rentra, ils chantonnaient toujours, eux, d’une voix nasillarde.

Deux lits avaient été préparés dans une pièce d’arrière, un cellier étroit ; le plancher, c’était la terre même. On put dormir malgré les hululements des chiens et les piqûres des moustiques. Dès l’aurore on quitta cet atroce réduit.

Nous étions à trente-cinq kilomètres de Tunis. Pas de route, une piste arabe. On la suivit.

C’était partout autour de nous la plaine herbeuse, où s’élevaient des touffes sauvages. On put rouler sur le sol de cette piste arabe, sol très sec mais rempli de bosses, ce qui nous obligeait à un steeple-chase continuel. On rencontrait des tunisiens à cheval. Les animaux étaient effrayés, mais certes ils avaient le champ libre.

On avançait assez vite en somme, quand notre voie brusquement fut barrée par un cours d’eau. C’était la Medjerdah. Un village était tout près de nous, on s’y rendit. Là, un brave homme parlant très purement le français, nous dit : « Il y a un pont, mais il est loin d’ici. Il vous obligera à faire un très long détour dans la campagne. Le mieux est pour vous d’emprunter le pont du chemin de fer. »

On alla le rejoindre. Et, sur les cailloux dont la voie était formée, on poussa les machines, puis on passa le pont à jours. Maintenant, par où nous diriger ? Plus de piste, plus rien, les champs herbeux qui s’étendaient partout ; on suivit la voie du chemin de fer, mais c’étaient de tels cahots que nous dûmes y renoncer. Alors on chercha une piste, qu’on trouva, un sentier cette fois-ci, mais qui nous conduisit à une vraie piste de caravanes, l’ancienne sans doute, que nous venions de découvrir à nouveau. Et on marcha ainsi, ayant en vue le fil du télégraphe, pour ne pas nous égarer.