« Sainte-Monique ! Sainte-Monique ! » Et comme le soir arrivait, il fallut partir.
Mais on ne pouvait arracher le Belge à son effarement. Il courait à travers les blocs de marbre bourrant ses poches de débris, nous priant d’en emporter ; on les lui remettrait, le soir, à Tunis. On s’éloigna pour le forcer à nous suivre ; lui, s’était saisi d’une pierre et frappait à coups redoublés sur un bloc énorme dont il voulait détacher un morceau de sculpture. On entendit les coups de loin, et ses cris de : « Sainte-Monique ! »
Il accourut, ne voulant pas sans doute que la nuit le surprît, seul, en cet endroit désert.
Nous avions tracé un vaste demi-cercle autour de la cathédrale, vers laquelle nous revenions maintenant, roulant à nouveau dans les cailloux.
Notre guide nous dit : « Nous allons passer vers le village des citernes. »
C’étaient des citernes où, nouveaux troglodytes, des Arabes avaient élu domicile.
— Prenez garde avec les machines, allez avec précaution, dit notre guide ; vous pourriez tomber dans les trous.
Ils vivaient là-dedans, ces malheureux Arabes. Des têtes passaient, comme on nous représente des têtes de phoques émergeant des glaces. Quelques-uns erraient sur le sol troué d’excavations, sales, repoussants, des figures de sauvages.
Et voilà pourtant la marche du progrès. Sous cette terre dorment les restes millénaires d’un monde où s’étalait, dans l’orgueil d’une capitale, tout un luxe babylonien que nulle ville peut-être n’a surpassé depuis ; et maintenant, après des siècles et des siècles, à la porte même de l’Europe, vivent là des bandes de sauvages.
Voilà tout le fonds de grandeur de l’Islam. Ceux qui veulent faire reculer le Christ font reculer l’humanité.