A ce propos, on nous donna un avis salutaire, et dont pourront profiter mes lecteurs, si le sort les conduit sur la rive africaine. Les étrangers, fraîchement débarqués, sont généralement plus disposés que les indigènes à écouter les fallacieuses propositions de ces bons camelots et à leur acheter les bibelots de mille aspects divers, objet de leur négoce.

Ces bibelots orientaux rencontrés sur une terre africaine séduisent naturellement le voyageur ; or, l’Arabe, être essentiellement malicieux, connaissant ce faible de l’Européen, a pris une habitude très répandue déjà chez quelques camelots des villes européennes, mais qui est poussée là-bas, en Algérie, jusqu’au cynisme : c’est de demander de chaque objet juste cinq et six fois sa valeur. Plusieurs parmi les amis qui nous entouraient, et qui nous avaient donné à ce sujet un avis charitable, avaient été exploités de cette manière dans des proportions inouïes.

Aussi, bien et dûment avertis, on s’amusa fort de ces petites scènes qui devenaient vraiment risibles.

— Moussieu ! un porte-monnaie, un bracelet de corail, regarde, joli, joli, tiens, prends-le.

Les Arabes tutoient toujours en parlant français, parce qu’ils tutoient quand ils s’expriment dans leur langue. C’est simple comme de crier ouf !

— Combien ton porte-monnaie ?

— Six francs.

— Je t’en donne quarante sous.

— Moussieu pas sérieux, pas sérieux, moussieu.

— Allons, tu ne veux pas ? Trente sous.