Un quart d’heure après, l’arrangement était terminé. La famille avait vidé la place, et notre lit primitif était installé ; il avait été purement et simplement posé sur le sol avec, au bout, un traversin.
Notre situation était donc la suivante : à droite, le billard ; à gauche, à portée de la main, le banc collé au mur ; au-dessus du banc, une fenêtre. En un clin d’œil on fut allégé de ses vêtements, sauf le maillot ! Oh ! par simple convenance, foi de sirocco ! Puis on se jeta sur le matelas, côte à côte, il le fallait bien, Van Marke contre le billard, moi contre la banquette.
J’avais auparavant pris la précaution de me faire délivrer une bouteille en terre cuite pleine d’eau, récipient d’un usage universel en Algérie et dénommé gargoulette. Je prévoyais un peu la nuit terrible que nous allions passer dans ce village planté au milieu du « Chéliff ». Hélas ! elle dépassa de beaucoup ce que je redoutais, et je m’étais dit qu’une bouteille d’eau à notre disposition ne serait pas de trop. Cette bienheureuse gargoulette était placée sur le banc, à portée de ma main.
Au moment de nous étendre, on avait laissé les battants de la croisée ouverts, après avoir toutefois à peu près fermé les contrevents. Notre salle de rez-de-chaussée était, en effet, située en plein sud et le vent venait heurter la maison de face.
Ce bruit du sirocco fut, d’ailleurs, le premier qui nous frappa !
— Hein ? je crois qu’il s’en paye le vent du Sud ; l’entends-tu, qui hurle dans la plaine ?
— Oui, c’est curieux, dit Van Marke, on ne l’entendait pas quand nous marchions.
— Tu vois bien, insondable jeune homme, que c’était lui qui nous barrait la route. Dormons, tiens, il n’est que temps.
Dans les villes, villages et campagnes du Midi, il est un animal, fort connu, du reste, dans toute l’Europe, mais là particulièrement répandu durant la saison d’été : la mouche. Un mortel ennemi de l’homme semble avoir inventé cet animal minuscule dont l’acharnement devenu proverbial dépasse tout ce que l’entêtement humain pourrait atteindre en fait de limite.
Or, sur le territoire africain, le nombre de ces insectes dépasse celui de leurs « frères » de France dans la même proportion que les grains de sable de l’Atlantique ceux d’une pauvre rivière de l’une des cinq parties du monde.