Nous en avions souffert déjà, car si les mouches sont particulièrement massées dans les centres habités, elles existent partout, tant leur nombre est incalculable et vous suivent, en pleine marche, au milieu des campagnes.

Même c’était parfois un spectacle à mourir de rire, pour celui de nous qui roulait derrière, quand il voyait les mouvements mécaniques et convulsifs faits par les bras de son compagnon pour chasser les mouches, spectacle d’ailleurs que nous nous offrions mutuellement et à tour de rôle.

Ici, aux Salines, dans cette salle de rez-de-chaussée, c’étaient des nuées tourbillonnantes ; on entendait leur vol permanent, assommant, énervant, puis surtout, c’était sur la figure, sur les bras, sur les jambes, un éternel petit chatouillement qui provoquait tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, un soubresaut épileptique.

Van Marke semblait souffrir de ce chatouillement d’une manière intense, car il disait toutes les vingt secondes au plus, avec un accent lamentable et en se retournant : « Oh ! ces mouches ! » Mais ces mots étaient prononcés sur le même ton ; ainsi le voulait le sang belge.

Bientôt les moustiques s’en mêlèrent. Ce fut plus pénible encore, car si les mouches chatouillent, les moustiques font de douloureuses piqûres, puis leur zou-ou-ou-ou ! laisse bien loin derrière lui, comme irritant concert, le bruit d’ailes des autres insectes.

Alors, à nos convulsions destinées à chasser les mouches, se joignit un frétillement général de nos deux individus, indiquant que nos épidermes commençaient à durement souffrir.

On juge si nous dormions. Brochant sur le tout une chaleur atroce, et au dehors, le hurlement du sirocco. De temps à autre, pour calmer nos souffrances respectives, je saisissais la gargoulette et, prenant un peu d’eau dans le creux de la main, j’arrosais mon compagnon et moi-même ensuite.

Hélas ! cette cérémonie nous soulageait pour combien de temps ? Quelques minutes à peine.

Ainsi qu’il arrive si souvent, dans les campagnes, où, sans qu’on sache pourquoi, par le fait de la nuit, simplement, les chiens se livrent à des aboiements furieux, ceux des Salines ne pouvaient manquer de donner leur note. Et comme ils sont nombreux, les chiens, en Algérie, ce fut un autre genre de vacarme qui, mêlé au bruit du vent, vint se joindre au sabbat des moustiques et des mouches.

Me voici saisissant à nouveau la gargoulette pour recommencer l’aspersion.