Il n’en fut rien. Je pus laisser la fenêtre entièrement ouverte et les coups de vent nous soulagèrent un peu. Mais on ne dormit pas.
Van Marke, réellement indisposé par une nuit pareille, finit par se lever, il était trois heures et demie du matin environ, et proposa de partir.
— Nous ne dormons pas, dit-il, et nous ne prenons aucun repos ; mieux vaut décamper.
La proposition fut acceptée. Avec le matin, le vent allait se calmer. On se remit en selle et on s’éloigna sans regret du village des Salines, dont nous ne devions plus oublier la nuit horrible et, pour nous désormais, légendaire.
VII
ORLÉANSVILLE — UNE SOIRÉE D’ALGÉRIE
L’état de fatigue dans lequel m’avait mis la chaleur du jour précédent, avant notre arrivée à Relizane, s’était dissipé malgré la nuit troublée des Salines ; en revanche, mon compagnon avait été fort éprouvé par ce manque complet de repos et il se plaignait d’un assez sérieux malaise qui, un instant, nous donna les plus vives inquiétudes.
Heureusement, avec un courage à toute épreuve, il surmonta son indisposition qui, à mesure que l’on avançait, se dissipa.
La route n’était pas mauvaise ici. Le vent du Sud, complètement calmé, quand le jour apparut, avait balayé une partie de la poussière, que les feuilles de cactus, bordant la route de temps à autre, avaient soigneusement recueillie. La température s’était sensiblement améliorée aussi. La brise rafraîchissante du matin commençait à se faire sentir et, sans nous être d’un grand secours, avait cependant l’avantage de ne pas s’opposer à notre marche, comme le diabolique sirocco.
On marcha donc assez vite et il était encore de très bonne heure, sept heures du matin à peine, quand on arriva au village d’Inkermann, à trente-cinq kilomètres environ des Salines. Nous espérions y trouver du lait. Il n’y en avait pas, et je puis constater ici que les villages algériens sont logés à la même enseigne que les villages de France : impossibilité complète de trouver du lait. On dirait vraiment que c’est là le liquide le plus rare du monde. Nous en avons trouvé, durant le cours de notre longue traversée, deux fois seulement.
La plaine du Chéliff finissait à Inkermann ; maintenant, à droite et à gauche, l’horizon s’élevait et enfermait le fleuve dans une vallée, très large et à l’aspect dénudé, comme la plaine.