Cette ville passe pour l’une des plus chaudes d’Algérie quand souffle le vent du Sud. On put s’en rendre compte à ce moment. Il nous sembla que le soleil était redevenu aussi brûlant que la veille ; toutefois, on n’eut pas le temps d’en subir toute l’impitoyable ardeur, et l’on n’en souffrit que modérément. Nos gorges seules flamboyaient, mais une pensée nous soutenait ici.

N’ai-je pas raconté que la glace abondait dans toutes les localités grandes ou petites, desservies par le chemin de fer, à plus forte raison dans les centres comme Orléansville ? Je ne doutais pas que nous ne pussions, vu l’état de la température, trouver ici à foison ce produit bienfaisant.

Hélas ! croirait-on qu’en effet la glace y est abondante, mais que ce jour-là, oui, ce jour-là, par exception, elle manqua !

Seuls, les voyageurs, cyclistes ou autres, qui ont affronté d’intolérables chaleurs, comprendront le coup ressenti par nous quand, entrés dans la fournaise d’Orléansville, on vint nous prévenir que la glace manquait.

La réception offerte par le club fut de la plus fraternelle cordialité. Excellent déjeuner dans cette ville où fleurit le cyclisme, grâce à l’activité d’un club nombreux et de son zélé président.

A force d’efforts inouïs, on put faire honneur à ce déjeuner. Quant à se lancer dans la fournaise ardente, aussitôt après, nous n’en eûmes ni l’un ni l’autre le courage. On visita quelque peu Orléansville où, comme dans toutes les cités algériennes rencontrées jusqu’alors, on admira l’élégance des habitations et la végétation superbe multipliée dans tous les coins.

Il était bien près de trois heures de l’après-midi quand on se décida à se séparer des nombreux et joyeux compagnons d’Orléansville.

Nous rentrions dans la fournaise, mais cet après-midi-là, encore, on en souffrit peu.

Nous avions projeté de nous arrêter le soir à Affreville, situé à près de quatre-vingts kilomètres. Là se terminerait notre seconde journée. La troisième devait nous conduire à Alger.

L’horizon se modifiait à vue d’œil. On allait bientôt laisser de côté la vallée du Chéliff pour entrer dans la région montagneuse de l’Atlas.