— Oh ! voyez-vous, dit M. Mayeur, c’est ce qui arrive fort souvent. Sur une carte aussi détaillée, on donne un nom à ce qui n’est souvent qu’une sorte de station arabe, une fontaine entourée de quelques huttes.
— Mais comment faire ? Jamais nous n’arriverons au village suivant qui est à plus de soixante kilomètres, et d’ici là, rien, absolument rien.
Alors, on interrogea le premier Arabe venu, par l’organe de madame Mayeur.
— Beni-Mansour, dit-il, est situé tout près d’ici, sur une hauteur, mais ce ne sont que quelques gourbis ; vous n’y trouverez rien. Il faut aller à Maillot, dans la montagne.
En effet, de l’endroit précis où la route nationale se dirigeait vers le Sud, partait un chemin allant dans une direction diamétralement opposée, vers le Djurdjura. C’était du temps perdu, on tournait le dos à la véritable direction à suivre ; mais qu’importe, il fallait bien un gîte. Maillot était un centre assez important, situé à trois kilomètres environ, dans le flanc boisé de la chaîne.
Le vent soufflant des régions sud, et il était violent encore, nous aiderait à cet assaut final. On croisa, allant dans le même sens que nous, vers Maillot, nombre de cavaliers arabes, de bonne mine.
Ce fut le moment où la nuit vint s’abattre, et emporter tout dans un coup d’aile, non sans avoir laissé quelques instants les lueurs crépusculaires projeter leur rayonnement sanglant dans la nuée noire qui, devant nous, en ce moment, surplombait le Djurdjura, tandis que le vent soufflait à pleins poumons dans les premiers arbres de la forêt. On grimpait dur vers Maillot, en lacets très courts.
Le village se dressa, avec sa jolie place, ornée d’une fontaine au son clair ; autour d’elle de petits Arabes sur le dos de leurs bourriquets qui s’abreuvaient ; des maisons blanches, disposées irrégulièrement, mais toutes propres et gentilles avec leurs volets de couleur : l’ensemble blotti sous des dômes de feuillages, balancés au vent du Sud ; le tout enveloppé d’ombres, mais vaguement éclairé pourtant par ces clartés sidérales que les voyageurs des pays orientaux nous représentent si radieuses, et dont nous avions été déjà les spectateurs éblouis.
On arriva dans un petit hôtel précédé d’une verdoyante tonnelle où le repos, la gaieté du lieu et des couleurs, l’affabilité des uns, la bonne humeur de tous, nous reconstituèrent, dans un enchantement.
Aussitôt après notre dîner, composé comme presque toujours de mets européens, une musique singulière me frappa.