Avant Mansourah, notre route accomplit le mouvement fait après les gorges de Palestro, à Bouïra ; par un vaste demi-cercle, elle reprend définitivement, cette fois, sa direction de l’est, abandonnée, on s’en souvient, depuis Maillot.
C’est une lutte de chaque seconde contre ce souffle impétueux, qui nous gênait déjà, sur notre flanc gauche, qui nous assomme maintenant presque de face.
Mais par un hasard inouï, bien rare dans la vie d’un cycliste voyageur, un phénomène devait, sans tarder, se produire, qui allait avoir les conséquences les plus inespérées.
On nous avait dit, et je l’ai même rapporté, je crois, qu’une des particularités les plus originales du climat algérien, c’était des sautes de vent continuelles, à tel point que, durant une promenade de quelques heures, dans la même direction, on pouvait avoir deux ou trois fois le vent tantôt de face, tantôt de flanc, tantôt à l’arrière. Nous n’avions pas encore constaté le phénomène d’une manière extrêmement caractéristique, mais nous devions en avoir un exemple, destiné à nous convaincre catégoriquement sur ce chapitre.
A notre arrivée à Mansourah, le sirocco était si violent qu’on avait dû faire le dernier kilomètre à pied. Je m’étais même refusé à suivre la triplette, outil merveilleux pour lutter contre la tempête.
Eussions-nous pu nous douter du changement dont nous allions être les témoins ?
XVII
DANS LE VENT
Si, dans les voyages d’aventure, à travers des pays peu fréquentés des touristes, il survient des moments pénibles comme la nuit des Salines, parfois aussi il en est d’autres qui font apprécier dans la plus large mesure ce genre d’expéditions et sont une sérieuse compensation des peines les plus vives.
A la vue du maigre village de Mansourah, on avait craint de ne rien trouver, pour combler nos appétits, ou de voir se renouveler la scène de Bourkika.
On parcourut le village, aux maisons toutes blanches, enveloppées de soleil ; tout juste à la sortie, tandis que déjà on désespérait, apparurent ces mots écrits sur une guinguette, avec haute terrasse, décorée de feuillages verts : « Restaurant Parisien ».