Sur ces entrefaites, un Arabe entra.
Elle l’interpella. « Qu’est-ce que tu veux ? Du pain ? »
Oui, c’est du pain qu’il voulait.
— « En voilà », continua la patronne, en saisissant une miche. Mais comme l’Arabe ne payait pas le prix entier, cette virago ajouta, en partageant la miche : « Ah ! tu n’en veux que la moitié, la voilà, ta moitié, allez, oust, tu en as assez, va te promener avec ça. Veux-tu t’en aller ! Oh ! ces Arabes ! Ils sont dolents, dans ce pays-ci, et fainéants comme des couleuvres ! »
Se tournant vers nous, elle dit : « On va vous servir ».
En un clin d’œil ce fut prêt : œufs, biftecks, viandes froides, légumes, desserts, tout nous arriva à foison. Quel régal !
Tout à coup, Perrin, le champion, poussa un cri d’étonnement : « Regardez donc, dit-il, en montrant, par la porte du restaurant restée ouverte et donnant sur la terrasse, les arbres secoués par le vent.
— Eh bien ! quoi ! Que se passe-t-il ?
— Mais, voyez donc, les arbres, qui à notre arrivée courbaient la tête du côté de l’ouest, s’en vont maintenant du côté opposé.
— C’est vrai, m’écriai-je. Mais oui, mais oui, le vent a complètement changé de côté ; il souffle juste en sens inverse ; la tempête qui soufflait du sud-est, et nous heurtait de face, va nous emporter maintenant.