On arriva à Bordj-Bou-Arreridj, une ville moins verdoyante que Blidah ou Maillot, ensoleillée et poussiéreuse ; on s’arrêta quelques minutes à peine, plusieurs personnes nous y attendaient, puis on continua, toujours emporté dans le vent.

Les troupeaux devenaient plus nombreux ; mais les Arabes, dociles, se rangeaient. Des bataillons de petits oiseaux, ici, se sauvaient à notre passage ; il y en avait des nuées parfois. Dans les champs brûlés, des bœufs, des moutons, des chameaux par bandes innombrables. Leurs gardiens, en costumes multicolores, piquant dans la grisaille, accouraient, mais trop tard : on passait comme des ombres.

Combien de kilomètres faisait-on ? On ne savait. Nous volions toujours, qu’importe ! D’ailleurs, pas de village, quelques gourbis seulement !

Parfois le sol ondulé, comme je l’ai dit, laissait voir tout un développement de campagne, en pente longue et douce. On s’élançait, dans un nouvel essor, absorbant ce ruban de route dont on ne voyait jamais la fin. Les alfas, les asphodèles, des haies de cactus, parfois ; troupeaux de toute espèce, maisons isolées, voitures lentes et lourdes chargées d’Arabes, tout cela, tout cela, restait derrière.

Voici un village. C’est Aïn-Tagrout et il est quatre heures et demie ! Et nous n’avions pas compté y arriver avant la nuit ! Parbleu ! Nous avons marché à des allures folles. On s’arrête, on est heureux de cette vitesse facile. Puis, on court au télégraphe prévenir les cyclistes de Sétif que nous arrivions ce soir-même, et nous devisons, là, trois gros quarts d’heure, abandonnés à notre bien-être qui dure toujours, dans ce blanc et rose village d’Algérie, où, à nos pieds, viennent jouer les enfants aux yeux noirs, et chanter les oiseaux.

Et on repart, et la nuit vient, trouée de lumière, et au ciel, sur la terre, à l’horizon, partout.

Et, après une nouvelle course vertigineuse dans la nuit bleue, on aperçoit, tout là-haut, Sétif qui étincelle de lumières, tandis que les cris des cyclistes venus à notre rencontre percent dans l’ombre du chemin.

Il était sept heures précises quand, heureux de notre brillante journée, nous faisions notre entrée processionnelle dans la ville de Sétif.

XVIII
ACCIDENT

Quitter dès le lendemain matin de notre arrivée les nombreux amis qui nous avaient accueillis à Sétif, n’était pas possible. On résolut de rester dans cette ville toute la matinée, comme à Alger. Nous n’allions guère vite, on le voit. Sétif et Constantine sont distants de cent cinquante kilomètres environ ; c’était le cas d’accomplir l’étape en une journée ; mais le moyen de partir, au milieu de la foule de cyclistes qui nous faisaient fête à Sétif ; puis je me disais : On parcourra la moitié du trajet l’après-midi et le lendemain matin on arrivera à Constantine, sans se presser, à onze heures du matin, sûrs comme ça de ne pas avoir un retard de plusieurs heures comme à Alger.