Ce qui était fatal, arriva. En avant du peloton qui roulait à une allure folle, un groupe de cavaliers arabes apparut. Il y avait parmi eux une femme, le visage coupé par son voile.

Ce serait mal connaître la nature de cyclistes frais et dispos, lancés derrière une triplette et poussés par le vent, que de les croire capables de s’émouvoir à cette vue. Nul ne songea à modérer l’allure, supposant peut-être que le passage allait pouvoir aisément s’exécuter.

Mais si l’émotion n’avait pas gagné les triplettistes ni Van Marke, ni personne, du moins au point de leur faire modifier quoi que ce soit dans leur marche, il ne pouvait en être de même des cavaliers arabes et surtout de leurs montures.

A l’apparition de cette cohorte roulante, se précipitant sur eux, entourée d’un tourbillon de poussière, les chevaux prirent peur et bondirent ; ils bondirent de côté, se heurtant, ruant ou se cabrant. Ce fut un cri d’effroi général, car les chevaux barraient la route.

La triplette qui arrivait en tête ne put passer. Elle alla se heurter contre l’accotement et les triplettistes furent projetés violemment de côté ; mais, par bonheur pour eux, ils trouvaient un accotement couvert d’herbes, sans le moindre caillou. Ils se relevèrent indemnes, nul dommage à aucun d’eux, ni à la machine.

Mais il n’en devait pas être ainsi pour tout le monde ; un des chevaux, celui qui était monté par la femme, moins fortement maîtrisé, avait reculé, puis, se cabrant presque droit, avait, dans un bond prodigieux, franchi le remblai de la route, pour aller tomber dans le champ en contre-bas.

La plupart des cyclistes, lâchant leur machine en voyant la bagarre, en un clin d’œil formaient cercle autour de la malheureuse femme qui avait été précipitée sur le sol, contre le remblai.

Elle était ensanglantée. Elle poussait des gémissements, tandis qu’on essayait de la relever.

C’est à ce moment-là seulement que j’arrivai, tombant au milieu de cette scène, dont tout le début, comme bien on pense, m’avait échappé, et dont tous les détails devaient m’être rapportés ensuite.

On juge de mes sentiments, d’après ceux exposés plus haut. Au premier abord, que dire ? M’informer de l’état de mes camarades, puis de la malheureuse femme. Elle était blessée fortement au visage, et semblait souffrir beaucoup.