Le comte Zichy réfléchit un instant, puis répondit:
—Je vais faire mieux encore. Je vais prévenir le ministre des affaires étrangères à Vienne, qui adressera un avis à la douane à Braunau. Vous pourrez ainsi passer en toute sécurité et sans crainte de retards. Revenez me voir, si vous voulez, dans quelques jours et je vous dirai ce qui a été fait.
Quelques jours après, je retournai rue de Varennes; le comte Zichy était absent; mais un des employés de l’ambassade me dit: «Tout a été fait, ainsi que le comte Zichy vous l’avait promis. Le ministre des affaires étrangères a été prévenu.»
Et le fait était rigoureusement exact. Oui, avec une amabilité et un empressement qui me firent déjà comprendre comment nous serions accueillis à Vienne, l’éminent diplomate avait de point en point exécuté sa promesse. De plus, j’appris à Vienne que le ministère avait, de son côté, prévenu la douane. Eh bien! tel est l’endurcissement imbécile de cette exaspérante administration, que nous eûmes une foule d’ennuis à Braunau, comme on le verra plus tard. Il est vrai qu’à notre retour, quand avec l’Orient-Express, on repassa à la frontière, ladite administration était revenue à de meilleurs sentiments et nous fit presque des excuses.
A l’ambassade d’Allemagne on avait procédé autrement. Ainsi que je l’ai dit, le comte d’Arco devait aviser de l’affaire le comte de Munster. Quelques jours après, en effet, je recevais la lettre suivante signée de la main même de l’ambassadeur d’Allemagne:
«Monsieur Edouard de Perrodil,
»Rédacteur au Petit Journal.
»En réponse à la lettre du 27 de ce mois, j’ai l’honneur de vous transmettre ci-joint, conformément au désir que vous m’en avez exprimé, une recommandation pour les autorités frontières allemandes destinée à vous faciliter le passage de la frontière ainsi que l’accomplissement des formalités douanières.
»Recevez, monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.
»L’Ambassadeur d’Allemagne,
»Munster»
Avec cette lettre, plus rien à craindre, et voyez la circonstance singulière: elle nous servit fort peu, tant fut empressé et sympathique l’accueil qui nous fut fait durant toute la traversée de l’Allemagne.