C’étaient de solides gaillards qui nous regardèrent d’ailleurs sans surprise, mais plutôt avec un air de profonde pitié.

Peu à peu les premières pensées qui m’avaient assailli, s’effacèrent, et, en moi, le cycliste reparut.

Je fis un rapprochement entre cette lourde cavalerie et la nôtre, entre ces énormes chevaux et nos rapides et frêles bicyclettes.

«C’est égal, pensai-je, le cyclisme est peut-être la cavalerie de l’avenir, mais nous n’y sommes pas encore. Je vois mal ces gaillards balourds avec leurs armes pesantes sur les fines gazelles d’acier. Non! non, nous n’y sommes pas encore.»

Nous arrivions en tête de l’escadron. Je contemplai un instant, l’officier qui le commandait.

Il était formidable!

En nous apercevant il tourna légèrement la tête de notre côté. Oh! avait-il l’air, celui-là, de nous prendre en pitié!

Je me répétai aussitôt ma réflexion: «En voilà un, par tous les saints du ciel, que je vois mal sur une bicyclette. Ouf! quel homme! mais il l’écrabouillerait.»

Maintenant l’escadron était derrière nous. Le bruit sourd produit par le trot des chevaux s’effaçait peu à peu. Je continuai à ruminer cette même pensée: «Oui, certainement, il l’écrabouillerait...» quand, brusquement, comme je redressais la tête, un spectacle inouï, et à coup sûr inattendu, s’offrit à mes regards stupéfiés:

C’était, à trente mètres devant moi, épanoui en sa large carrure, l’air rayonnant et jovial, un énorme officier prussien à bicyclette.