On se rendit donc avec M. Siègle, dans sa maison de commerce, où il téléphona à Ulm, pour savoir si on avait quelques nouvelles, dans les hôtels de la ville, du passage des recordmen français. On n’obtint d’ailleurs que des réponses négatives. D’autre part, j’étais pressé de partir.

Toujours aimable, M. Siègle, qui avait ainsi perdu toute sa matinée, m’accompagna au sortir de la ville pour bien me mettre sur la route royale de Stuttgard à Ulm, et l’on se fit les adieux les plus cordiaux, avec l’espoir si légitime, après une aussi romanesque rencontre, de se retrouver quelque jour.

XIV
JE RETROUVE MES COMPAGNONS

Je quittai donc la ville de Stuttgard à dix heures du matin, le 26 avril, sans avoir trouvé aucun de mes amis et sans avoir, sur leur compte, la moindre nouvelle. Je me creusais la cervelle sans cesse à leur sujet: où étaient-ils? Willaume, lui, continuait sa route, c’était sûr, car enfin il devait chercher à faire le record le plus vite possible. Cependant qui sait? Peut-être préfère-t-il m’attendre? Et mes autres compagnons? Eux, n’ont pas les mêmes raisons de continuer leur route? Que font-ils?

Je ne les ai pas vus à Stuttgard, les trouverai-je davantage à Ulm? Où aller dans cette nouvelle ville? Là encore nul lieu de rendez-vous, pas le moindre nom d’hôtel.

J’allais ainsi, ruminant toujours ces pensées, lorsque je fus distrait par un incident assez drôlatique.

Le chemin était comme d’habitude extrêmement médiocre, et me trouvant en pleine campagne, je fis comme il nous arrive de faire si fréquemment en France: je quittai la chaussée très mauvaise pour rouler sur l’accotement, qui était, au contraire, uniforme à l’égal d’un billard. Mais cette fantaisie, interdite par la police française, l’est également par la police allemande. Je roulais donc complaisamment sur le terrain défendu lorsqu’un cantonnier rencontré tout à coup m’arrêta brusquement.

Ici, une petite parenthèse. Dans notre pays on n’ignore pas que les sévérités des règlements toujours exercés dans toute leur rigueur contre les Français, sont souvent fort atténuées contre les étrangers, lesquels sans doute sont censés ignorer nos lois, règlements, us et coutumes. D’où il résulte que plus d’une fois des Français pris en contravention par des agents de la police ont argué de la qualité d’étranger pour se tirer d’un mauvais pas.

Il doit certainement en être ainsi à l’étranger, et il a dû arriver plus d’une fois que des cyclistes allemands, par exemple, ont argué de la qualité d’étranger pour se soustraire aux mains de la police de leur pays.

Et, en effet, voici ce qui arriva. Je ferme ici la parenthèse.