Toujours glissant sur ce sol merveilleux, on arriva au village de Haag où on fit une halte de quelques secondes, puis à Muhldorf. Il faisait nuit. Il était neuf heures du soir environ. Quelques gouttes d’eau tombèrent, sinistre présage. Notre première idée, vu la vitesse de notre marche, avait été de pousser jusqu’à Sembach, frontière autrichienne, située à quarante kilomètres, et où les amis nous attendaient, les amis parmi lesquels enfin Willaume, le brave compagnon Willaume; mais voyant la nuit noire, puis craignant la pluie, on resta; on se lèverait aux aurores, voilà tout.
Ici encore, on put, avant de se coucher, goûter ce plaisir délicieux d’un dîner absorbé avec un appétit de chien de chasse, dîner copieux à souhait, en compagnie d’aimables et joyeux compagnons, servi à souhait, dis-je, par des jeunes filles dont la franche gaieté en présence de notre bande de gaillards folichons, était bien faite pour donner à la scène de cette fin de journée un aspect de confort paradisiaque des plus réjouissants.
XVIII
A LA FRONTIÈRE AUTRICHIENNE
A quatre heures du matin nous étions debout. Un seul de nos compagnons de la veille devait faire route durant quelque temps avec nous, pour nous bien indiquer le chemin, à cause d’un trompeur croisement de voie.
Constatation désagréable: il avait plu durant la nuit. La pluie toutefois avait cessé, mais le ciel était menaçant. La route détrempée laissait encore quelques étroits passages véloçables. Une fois les parages dangereux franchis, notre compagnon de Munich prit congé de nous, en nous souhaitant bonne chance. Nous en avions besoin. Nous étions de nouveau réduits à deux: Chalupa et votre serviteur. Mais la situation était moins «douloureuse» qu’entre Gunzbourg et Augsbourg. Bien que le sol fût mouillé et le ciel menaçant, le moral était à son niveau normal, et le physique s’était beaucoup amélioré à Muhldorf. D’autre part, nous marchions à fortes enjambées vers la frontière autrichienne, Sembach, située à quarante kilomètres seulement, où nous allions retrouver nos amis et parmi eux enfin le cher compagnon Willaume, le compagnon «officiel», comme je l’ai déjà exposé. Cette rencontre n’allait se faire, circonstance bizarre, que pour partager ensemble le désastre final. Il était environ quatre heures et demie à notre départ de Muhldorf; à sept heures un quart nous entrions dans Sembach, et nous nous dirigions aussitôt vers l’hôtel que Suberbie, cette fois, nous avait indiqué, au départ de Munich.
Une des premières personnes que j’aperçus, ce fut Blanquies. Il m’apparut dans l’encadrement d’une des fenêtres de l’hôtel et sa physionomie joviale exprima aussitôt le ravissement.
«Ah! vous voilà, nom d’une carabine! On vous a attendus hier soir. Nous étions convaincus que vous alliez arriver à cause du vent arrière. Sapristi! le temps paraît rudement mauvais, les enfants. Vous allez avoir du fil à retordre. Je ne vous dis que ça.»
J’attendis la fin de l’explosion, puis je demandai:
—Et Willaume?