Un hasard providentiel nous fit rencontrer.
À quatre heures du matin, décidés enfin à repartir, on laissa Suberbie, Chalupa et Sachman, ronflant à poings fermés, et on reprit la route, Willaume et moi, accompagnés cette fois de l’ami Blanquies.
Mais le temps était affreusement menaçant et nous avions encore un assez long ruban de route à parcourir. Serions-nous donc obligés d’aller seuls?
Une hésitation qui nous fit aller consulter les heures de départ des trains, nous porta bonheur. Dans la gare, des cyclistes apparurent.
Il n’y eut de doute pour personne; on se «reconnut» sans se connaître. Les membres de la délégation n’hésitèrent pas une seconde, ni nous non plus, sur nos identités respectives.
Ils comprirent que nous étions les Parisiens; nous comprîmes qu’ils étaient les cyclistes viennois venus au-devant de nous.
Dès ce moment, les aventures étaient finies pour nous. On marcha sur Vienne, qui par le train, qui par la route. Il fut décidé que l’on se réunirait avant la ville pour notre entrée tous en masse, ce qui fut exécuté. Hélas! notre entrée fut saluée par un nouveau déluge. Mais la réception qui nous attendait au siège du Club devait d’un seul coup nous faire oublier déjà ce que nous avions souffert pour ne plus nous laisser dans la mémoire que nos émotions agréables.
Dès notre arrivée au Wiener Bicycle-Club, on nous reçut par des cris de: Vive la France! qui étaient une nouvelle et éclatante preuve de la fraternité universelle qui règne dans le monde cycliste international.
Plus que jamais, j’exprime ici le regret de ne pouvoir nommer tous ceux qui, durant notre séjour dans cette belle capitale, n’ont cessé de nous considérer comme leurs hôtes et n’ont pas laissé passer une seule journée sans se mettre à notre disposition.
C’était le triomphe, après la lutte. Plusieurs de nos aimables et élégants clubmen s’exprimaient dans le français le plus pur, ce qui contribua à nous rendre absolument inappréciable leur charmante compagnie.