Il était d’ailleurs très au courant de notre arrivée, dont tous les journaux français et viennois avaient parlé.

Pendant quelques minutes, il s’entretint avec Willaume de Commercy, où M. Lozé a été sous-préfet et qui est le pays natal de mon compagnon de route.

Tous deux se nommèrent plusieurs connaissances communes; puis, le cyclisme eut sa part. On parla de son développement prodigieux à Paris. M. Lozé, rappelant le temps où il était préfet de police, me dit: «C’est moi qui ai assisté au premier essor de la vélocipédie, et vous vous rappelez que, pour donner satisfaction aux vélocipédistes, j’instituai les cartes de circulation. Je n’oublierai jamais notre étonnement quand, au bout de quelques jours, nous eûmes 14,000 demandes.

«A la Préfecture de police, a ajouté M. Lozé, mon propre secrétaire était cycliste et me vantait tous les jours les bienfaits de ce sport.»

Il est difficile d’exprimer combien la conversation de M. Lozé a été simple et combien son accueil aimable pour nous.

Une fois dehors, Blanquies, qui était resté à nous attendre avec Chalupa, nous dit:

—Vous ne savez pas ce que m’a demandé le concierge, dès que l’huissier vous eût dit de monter? «Ce sont peut-être, a-t-il interrogé, les messieurs qui sont venus de Paris?» Et, sur ma réponse affirmative, il a ajouté d’un air très entendu: «Je m’en étais un peu douté!!»

Obligé de rentrer à Paris à cause de l’expiration de son congé, mon brave compagnon de route partit le soir de ce même jour. Nous ne devions partir, Suberbie, Blanquies et moi, que le lendemain. Chalupa, notre vaillant et fidèle interprète, nous quitta pour se rendre dans son pays. Quant à Sachman, il était reparti peu de temps après notre arrivée.

Après les adieux les plus cordiaux à nos amis de Vienne, on reprit le chemin de France, par l’orient-express. Toutefois, ainsi que nous l’avions promis au docteur Rettinger, on s’arrêta une journée, celle du dimanche 6 mai, à Munich, où nous retrouvâmes notre excellent entraîneur Châtel, complètement rétabli, mais pâle et amaigri. Le pauvre garçon, un instant, s’était cru perdu. Avec quel bonheur il nous revit!

Chose inouïe, le temps fut superbe ce jour-là. On en profita pour visiter la ville, puis le magnifique lac du Hornberg où s’accomplit le drame fameux, touchant la mort du roi de Bavière. Nous eûmes là, comme guides précieux, le docteur Rettinger, et M. Tochterman, le jeune cycliste dont j’ai cité le nom, qui avait servi d’entraîneur à Willaume.