—J'avais faim, j'avais soif.

Elle eut un rire d'enfant, fredonna quelques notes, puis, s'adressant au marquis:

—Monsieur de Kercoëth, demanda-t-elle sur un ton de cérémonie, comment ne vous asseyez-vous pas à ma table?

—J'attendais votre permission, Yvonne.

Elle lui tendit le front:

—Embrassez-moi, monsieur. Il y a si longtemps que je ne vous ai vu!

Il obéit, radieux d'être reconnu. L'un près de l'autre, Robert trouvait qu'ils faisaient un couple exquis. Tout à coup, elle repoussa les plats et, d'une voix caressante:

—Alain, dit-elle, rejouez-moi l'andante, je vous prie.

M. de Kercoëth n'était pas musicien. Il fit signe à Robert, qui courut au piano. Elle approuvait de la tête, l'air satisfait, se reprenant aux friandises du dessert, suivant le rythme de la mélodie. Puis elle s'étendit sur sa chaise longue et, dès que Robert approchait de la fin: «Encore, suppliait-elle, jouez toujours, Alain, toujours...» On aurait dit un enfant que l'on berçait. Son corps souple ondulait en mesure, tout l'être vibrait avec les harmonies plaintives et s'alanguissait peu à peu sous les notes alanguies, bientôt mourantes, comme les derniers échos d'une harpe éolienne. Elle s'était endormie.

Les deux hommes sortirent de la chambre, sur la pointe des pieds, en retenant leur souffle. Dehors, Alain se jeta dans les bras de Robert.