—Cherchez bien. J'ai idée que vous commettez une erreur. Consultez votre boussole. Vous n'aviez qu'une manière de faire croire que vous ne l'avez jamais vu, c'était de ne pas le reconnaître. Et je veux prendre un esquif pour une frégate de guerre, si vous ne l'avez pas reconnu tout à l'heure, à telles enseignes que vous aviez l'air d'être fort peu satisfaite. Cela gênerait-il madame Benoît, dites, mademoiselle Justine?
Jean-Marie se balançait devant elle, les mains dans les poches, la mine narquoise, jouissant de sa confusion. La confusion était si réelle que madame Benoît ne niait plus; évidemment, cet homme en savait long sur son compte, il était des gens du marquis. Si elle avait pu hésiter un instant, tous ses doutes auraient disparu à cette phrase: «Je gage que vous ne vous rappelez seulement plus les falaises de Kercoëth?» Le danger lui rendit sa présence d'esprit, elle toisa le marin.
—Vous êtes de Kercoëth, vous?
—On s'en flatte.
—Eh bien! qu'y a-t-il pour votre service?
—Peuh! moi, je ne manque de rien, tandis que vous...
—Moi non plus.
—Tant pis, Justine, tant pis. Car précisément je voulais vous prévenir, vous allez être récompensée selon vos mérites de tout ce que vous avez fait pour ce jeune homme.
Il désignait Robert, assis dans la calèche en face de Blanche, à côté de Gaston, M. de Kercoëth vis-à-vis du frère. Comment étaient-ils réunis ainsi, pareils à des gens qui se connaissent et s'aiment de vieille date? Elle ne parvenait pas à le comprendre. L'épouvante la gagnait. Toutefois, elle faisait bonne contenance, le salut dépendait de son sang-froid.
—Le marquis de Kercoëth est riche, continua Jean-Marie, il est puissant. Et vous ne vous figurez pas à quel point il adore son fils. Votre fortune est certaine.