—La vieille chanson de Renotte. Si vous prenez ses histoires au pied de la lettre!... Elle divague souvent.
Robert allait objecter que Renotte n'avait pas desserré les dents; la scène de la victoria, ce qu'il apprenait de Guilmette, surtout ce nom des Kercoëth joint aux incidents de l'après-midi le mirent sur ses gardes. Sachant Legouet bavard, il trouva bon de le laisser bavarder. L'autre ne s'en fit pas faute.
—Oui, elle divague. Elle aimait tant le marquis! Plus que ses propres fils, monsieur. Ces Auvray étaient de rudes hommes, de braves garçons, dévoués à leur mère, jusqu'à la mort; mais ils n'avaient pas les grâces enjôleuses de M. Alain, et Renotte était fière de voir ce beau gentilhomme rester pour elle le petit caressant d'autrefois. Elle les lui a sacrifiés. Elle les aimait pourtant. Seulement, elle aimait mieux M. de Kercoëth. Et, je vous prie de le croire, elle n'aime ni ne hait à moitié. C'est la passion en chair et en os. Quand le malheur a frappé le marquis, elle s'en serait prise au monde entier. Que la catastrophe soit l'effet du hasard, elle ne l'admet pas. Elle suppose un crime. Elle déclare qu'on a jeté le comte Hugues dans la mer, du haut de la falaise rompue, ce qui est faux.
—La façon d'agir de M. Alain. Il a été le premier à défendre la personne que Renotte accusait.
—Renotte a sans doute ses motifs. Vous connaissez son vœu? J'en voulais demander la date, vous êtes arrivé, je la lui demanderai demain. Les moindres détails de ce drame m'intéressent.
La figure de Legouet prit l'agréable teinte de l'émeraude. Il ouvrait déjà la bouche pour dissuader Robert; une réflexion lui vint: mieux valait le satisfaire. Les curiosités risquent, si on les endigue, d'enlever tout obstacle et de causer nombre de dégâts; tandis qu'avec un grain de diplomatie...
—Bah! dit-il, vous n'aurez pas besoin de vous déranger. Ce... drame, je peux vous le conter aussi bien que Renotte.
—Soit! J'écoute.