—«C'est extraordinaire comme vous avez les cils longs.»

Souriante toujours, elle me regarde, immobilement.

—«Vous êtes une bien malheureuse petite femme.»

Elle ferme ses yeux.

—«Ah, comme je voudrais être débarrassée de tout! s'il y avait un moyen d'en finir, d'un seul coup, sans souffrir, quelque chose instantanée; s'endormir tout-à-fait, puisqu'il n'y a qu'en dormant qu'on soit heureux.»

Que lui dire? je ne puis pas rire, ni la prendre trop au sérieux; c'est embarrassant. Près moi elle est, mi étendue, immobile, en une vague somnolence.

—«Eh bien, mademoiselle, faites dodo.»

Dans mes mains je serre ses bras; elle a toujours ses yeux fermés; j'attire doucement ses bras; elle se laisse; en arrière penche sa fine tête, ah, sa méchante traîtresse tête qui de moi si effrontément se joue! et là je l'ai; doucement sur les coussins je me renverse, et contre moi j'attire sa poitrine; sa poitrine est contre ma poitrine; sa tête est sur mon épaule; de mes deux mains j'entoure sa taille; elle repose au contre de moi; ainsi entre mes bras, elle repose; sur ma joue, sur mon cou, quelque chose, oui, ses cheveux, qui voltigent; immobile elle est: tout au long de mon corps, son corps; je sens elle; mollement je serre les molles hanches très soyeuses de sa poitrine.

—«Dodo, mademoiselle.»

Et elle, très bas, yeux clos toujours, et d'un léger souffle, très bas: