— C’est étrange, disait Marcelin, comme depuis que je suis revenu à Saint-Paulin, l’idée religieuse me hante.

— C’est nouveau chez toi, ce me semble ? demanda Henri.

— Pas tout à fait…

— A Paris, ces dernières années, tu n’as guère songé à la religion.

— Non ; mais, pourtant, la religion ne serait pas aujourd’hui chez moi une nouvelle venue.


— La religion, dit Henri, comme les philosophies, c’est une solution qui nous est proposée du problème de la vie.

— Toi, un savant, tu ne crois pas à la religion ?…

— Qu’y a-t-il de commun entre la science et la religion ? La science a son domaine qui est l’univers, elle établit les lois naturelles ; la religion, qu’elle s’appelle en effet religion ou se nomme philosophie, scrute au delà de l’univers la raison des choses et définit la loi morale. La nature peu à peu se manifeste ; rien n’empêche d’espérer qu’un jour tous les phénomènes physiques, physiologiques, psychologiques, soient élucidés ; cela est possible ; le monde, les choses, le rapport des choses, l’esprit humain, la vie, tout ce qui tombe sous les sens, ce qui s’analyse, ce que les savants découvrent, ce que les paysans observent, ce que l’expérience ou le calcul étudie, c’est le connaissable… Mais il y a ce qu’on ne peut pas connaître, ce que jamais on ne connaîtra, ce qui est au-dessus, en dehors de la raison humaine, l’inconnaissable.

— C’est alors que le nommé Dieu entre en scène.