— Et je pense qu’il en a maintenant assez, reprit Henri.
Marcelin songea aux années qu’il venait de passer dans le tourbillon de Paris. Et, comme chacun se taisait, sa rêverie alla au parc, à la forêt, et à cette chambre du château qu’il avait laissée fermée et où il n’avait introduit personne.
Le silence durait.
Et ce fut madame Desruyssarts qui conclut à mi-voix :
— Il faut que jeunesse s’instruise.
Ses cousins partis, Marcelin resta seul. Henri continua à venir tous les jours. Ils faisaient de longues promenades en causant. Henri montrait un esprit préoccupé d’idées générales ; les choses de tous les jours ne semblaient pas l’intéresser ; de son métier, il ne parlait guère ; sa conversation tournait vite à la philosophie. Marcelin l’appelait le métaphysicien, et, lui-même, il se sentait s’intéresser aux hautes questions dont son ami aimait à l’entretenir. Souvent, le soir, après avoir dîné ensemble, ils sortaient, et, en bavardant, ils parcouraient le parc, lentement, et puis se reconduisaient sans fin, Henri demeurant dans le bourg, à un kilomètre du château.
C’était ainsi, l’autre année, que Marcelin allait, avec Charles, à travers les rues de Paris, la nuit, en d’interminables reconduites. Mais, à présent, il ne s’agissait plus du plaisir et de demoiselles ; et, ce dont il s’entretenait, c’était du problème de l’existence, et d’idées, et de rêves…
Ils s’étaient peu à peu raconté leurs existences ; peu à peu, ils se confiaient l’état de leurs âmes.