Quelques semaines passèrent.

Un soir enfin, après dîner, dans un coin du salon de la rue de Châteaudun, il obtint la promesse définitive. Les invités étaient allés fumer dans le cabinet du mari ; une amie déchiffrait au piano la valse des Résédas Bleus ; l’atmosphère était aussi languide qu’il était nécessaire… Marcelin, cependant, suppliait à voix basse…

— Vous ne m’aimez pas, Gabrielle, vous ne m’aimez pas, répétait-il.

— Vous savez bien, grand enfant, que je vous aime.

— Alors, quand, quand donc, quand serez-vous à moi ?

Et, comme il restait la tête tout près de ses cheveux, elle avait fini par répondre :

— Eh bien, venez demain, à cinq heures, je serai seule et je serai à vous.

Tout cela avait été très régulier et s’était passé selon les règles établies par les romanciers de l’adultère mondain.

Marcelin rentra chez lui, à minuit, le ravissement au cœur. Il allait et venait dans sa chambre, traversait le salon, s’asseyait, se relevait, l’esprit uniquement occupé de la promesse qui venait de lui être faite, avec le besoin persistant de s’affirmer son bonheur. Il songeait aux longues inutilités de ses désirs, autrefois, et les comparait à son triomphe d’aujourd’hui. En furetant machinalement dans de vieux papiers, il retrouva l’ancien carnet où jadis il notait ses impressions ; il en relut des pages. Les dernières étaient datées d’il y avait presque trois ans ; c’étaient des plaintes au sujet de la trahison d’une certaine Hélène rencontrée à Bruxelles, et des tristesses, des regrets, des espérances…

« … Mon âme, toute de tendresse, mon âme de printemps et aux neuves sèves… »