— Est-ce sérieux ? se demandait-il.
Mais l’exaltation de l’effort, la fierté du sacrifice chantaient de plus en plus fort en son esprit, et, rapidement, il s’en grisait.
— C’est la Grâce, s’écria-t-il, et, tombant à genoux contre un fauteuil, il se prit le visage entre les mains, et des larmes lui humectaient les paupières.
Quand il se releva, il se jugea plus maître de lui-même ; il se promenait dans la chambre, se parlant intérieurement :
— Ce n’est pas en vain que tant de signes se sont manifestés pour me consacrer à la vie religieuse et que j’eus une enfance si pieuse ; les enthousiasmes romantiques de mon adolescence, qu’étaient-ils, sinon des déviations du sentiment religieux ? Pouvais-je échapper à la vocation ?
» Quelle vie horrible j’ai menée ces dernières années ! quel écœurement m’en reste ! quelle lassitude ! Recommencer, continuer, se ruer après une impossible satisfaction, désirer sans fin, sans trêve, sans repos ?
» O Seigneur ! Seigneur ! soutenez-moi. Si vous voulez que j’immole mon désir, inspirez-moi une force secourable. »
Se reprenant de nouveau, il dit :
— Voici ce que je dois faire : renoncer aujourd’hui à cette femme. Que ce soit le gage de mon changement de vie.
Il était redevenu plus calme. Il se déclara à lui-même qu’il n’irait pas rue de Châteaudun. La résolution prise, un nouvel apaisement se fit, et, allant et venant toujours dans la chambre, il méditait sur son cas.