Il pensa à aller voir Henri Courtois, rue Gay-Lussac.
— Cinq heures moins un quart ; il n’est pas chez lui.
Un instant, il s’arrêta :
— Et quand je me serai donné ce gage, qu’est-ce que je ferai ?
Il se rappela le dilemme fatal ; deux genres de vie : l’une, la vie selon l’instinct, la vie de l’égoïsme, la vie selon Satan ; l’autre, la vie du sacrifice et de la charité, la vie chrétienne ; l’égoïsme, noble ou vil, généreux ou vulgaire, pour le plus grand développement de soi-même ; et l’amour, mais l’amour suivant la définition de Jésus, et qui est le dévouement à quelque rêve de bonté.
— Le péché ou l’amour, songeait-il…
Puis, peu à peu, les termes de la question s’ennuageaient ; il se répétait des mots dont le sens de plus en plus s’enveloppait dans un brouillard ; et, maintenant, il allait, presque sans pensée, dans un grouillement d’idées confuses.
Il remontait la Chaussée d’Antin.
— Je ne vais pourtant pas rue de Châteaudun ! s’écria-t-il en s’arrêtant tout d’un coup. O mère, ô Vierge divine, s’il est vrai que je doive revenir au mieux, aidez-moi, soutenez-moi, sauvez-moi !
Le cœur lui battait à grands coups dans la poitrine. L’émotion d’il y avait une heure lui était revenue soudainement ; une bouffée de sang lui montait au visage. Devant lui, il regardait les deux clochers de l’église de la Trinité, l’image de madame Aron-Véber voletait dans son esprit, avec ses yeux profonds, ses sourcils noirs, ses cheveux roux, son sourire ; la croix qui surmontait le portail de la Trinité lui sembla vaciller dans l’espace ; les bruits de la rue bourdonnaient à ses oreilles.