Un flux de tristesse le reprenait.
— Est-ce après l’amour que j’aspire ? J’ai lu dans mes poètes chéris que l’amour était un désir d’un objet entre tous les objets, que c’était s’absorber dans un autre être, se donner et se recevoir, et s’unir avec une âme image et complément de son âme. Il me semble que ce n’est pas après cela que j’aspire. Il me semble que je regrette un cœur où me confier, des bras à qui m’offrir, un esprit qui me prenne, et ne plus être pour moi seul et être ami et dire et entendre des paroles.
Une bataille d’insectes traversa l’air en sonore mêlée.
— Oh ! disait le jeune homme, qu’elle était belle et bonne et douce et secourable, la figure de la jeune femme du pastel !
Le soleil baissait derrière les arbres ; Marcelin reprit le chemin du château ; les allées s’empourpraient ; l’atmosphère se taisait.
Il retourna dans la chambre où le pastel était suspendu…
… Ce n’était pas une jeune femme, c’était encore une jeune fille ; comme ses yeux étaient candides ! Mais ce n’était plus une enfant ; ses regards étaient si mélancoliques ! Le cou nu apparaissait, une faible gorge de vierge ; puis, les mousselines s’entrecroisaient, s’entremêlaient, et la taille s’amincissait, et aux hanches le pieux pastel s’était arrêté… Marcelin voyait la jeune fille rayonner en un jour de pâleur attristée, comme la Vierge Matinale, comme la Vierge Vespérale…
— Oh ! se disait le jeune homme… oh ! elle m’eût aimé, et combien je l’eusse aimée, la pauvre jeune fille, la pauvre jeune femme qui est devenue ma mère, et que voici !
Et quand le soir fut venu, dans la grande salle du château :