— Marcelin, demandait le père, pourquoi retourner dans cette chambre, en troubler le repos ?
— Fais-je mal, mon père ?
— Mon fils, quelle peine t’assombrit ? quel souci ?
— Le sais-je, mon père ?
La nuit vient ; dans la longue salle à manger la table est encore dressée ; les argenteries et les verreries n’ont pas été enlevées et des fruits restent, mats, dans les plateaux ; la grande lampe à l’abat-jour bleu brun brûle. Pendant que le père lit, le jeune homme regarde d’une fenêtre les formes fantastiques, les formes invitantes des choses dans la nuit tombante. Le proche bosquet semble infiniment distant, infiniment énorme, et, dans ses flancs épais, oh ! comme il cèle des mystères merveilleux, farouches et ensorceleurs ! La pelouse, au-devant, est vide et plate, et, à la fixer, des figures y surgissent. Cependant, on sent dans les rideaux, au-dessus de soi, des présences qui pèsent, qui font qu’on se retourne. La nuit s’étend sur la campagne et dans le cœur.
Et Marcelin soupçonne qu’il lui est impossible d’avoir de la confiance pour l’homme qui est son père, et que peut-être — il ne sait à cause de quel passé mystérieux — il n’a même pas pour lui le simple amour filial qu’il lui doit.
Avant de monter dans sa chambre, il sortit, et, par la silencieuse nuit d’été, il erra dans le parc.
La lune s’était levée ; les arbres avaient d’immenses silhouettes ; l’horizon s’agrandissait démesurément. Le jeune homme se promena au hasard ; il était en communion avec la nature. Aucun bruit ne s’entendait ; il suivait le bord de la futaie, respirant largement.