Et il comprend :

— Et elle serait le but de ma vie, comme j’ai été le but de sa vie.

Tout à coup il se redresse dans une exaltation de tout son être :

— C’est elle que j’aurais dû avoir ; c’est cette beauté pâle, ce sourire, ces cheveux de cendre, et cette poitrine que j’aurais dû aimer, et ces regards profonds, mais si purs, mais si simples, si doux !

Il aurait voulu humblement baiser sa ceinture.

— O ma mère, ma sœur, ma bien-aimée ! criait-il du fond de son âme, vous à qui j’aspire, que j’attends, à qui je suis dû !…

Comme sa tête retombait et que le sommeil commençait à fermer ses yeux, il lui semblait voir frissonner les blonds cheveux cendrés, et se tourner les yeux si longs, si clairs, si humides ; il lui sembla qu’imperceptiblement les roses de ses lèvres s’entr’ouvraient pour lui…


Pendant qu’il dormait, en son rêve elle parlait, dans une magnificence d’harmonies et d’orchestrations souterraines.

— Dors ! L’amour est sacré. Les printemps, les étés sont fleuris. Dors ! L’automne a des fruits ; les hivers ont des souvenirs.