Les heures passèrent. Puis, à coups lents et réguliers, il entendit les cloches de l’église, au loin comme un glas. Était-ce une mort ? était-ce la mort ? Il s’imagina le prêtre, devant l’autel, célébrant le mystère, avec des échos d’orgues… Et le besoin le prenait de s’apitoyer sur quelqu’un, sur quelqu’un qui aurait souffert, sur quelque image très pâle et douloureuse dans un cadre de mélancolie.
Il revint à la maison, la tête vide. Le repas, comme tous les jours, fut silencieux. Le soir, un orage éclata ; la pluie tomba pendant toute la nuit. Marcelin dormit d’un sommeil inquiet et se leva tard. Après de longues incertitudes, il pensa à visiter la bibliothèque. Il trouva d’anciens livres, fureta longtemps ; aucun ne l’intéressait ; il parcourait des pages au hasard, passait à quelque autre volume. Quand l’obscurité se fit, il remonta dans sa chambre, répétant en son esprit, ressassant des mots, aucune idée.
Il avait des bourdonnements dans la tête, une grande lassitude.
La hantise grandissait dans sa pensée :
— Elle a souffert ; elle a été malheureuse.
Des détails anciens qu’il se rappelait tout à coup, des mots autrefois entendus çà et là, des impressions fugitives d’enfant lui revenaient ; et un grand apitoiement montait en lui pour la si pure jeune femme de son rêve.
Le régisseur, le père Homo, était le fidèle serviteur traditionnel, discret et dévoué.
Marcelin le rencontra du côté du verger. Le bonhomme lui montra les fruits qui mûrissaient, lui expliqua les espérances de l’automne. Marcelin l’écoutait, l’air attentif ; brusquement, il l’interrompit, et, sans le regarder, presque tout bas, il lui demanda, avec un grand effort sur lui-même :
— Vous avez connu ma mère ?