Une rougeur, une chaleur soudaine monta au visage du jeune homme…

Brusquement, son âme s’était soulevée ; le sacrilège éclatait à ses yeux, la souillure, la meurtrissure, la profanation. Une muette fureur l’étreignit à la gorge. Ses yeux étaient grands ouverts et s’injectaient de sang ; il regarda fixement l’homme qui, debout, sur le seuil, blêmissait ; sa main droite trembla. Avec un cri, il agita le bras et brandit la lourde lampe, pour la jeter, meurtrière, au visage maudit. Mais, comme ses doigts se crispaient, un flot de larmes éclata dans ses yeux ; il chancela, et la lampe, avec un fracas, tomba à ses pieds, tandis qu’il s’affaissait contre le lit.

DEUXIÈME PARTIE

I

Un an avait passé. Marcelin, ayant achevé ses classes, avait résolu de faire ses études de droit. Il arriva à Paris par un après-midi d’octobre ; un soleil clair brillait ; et, tout à coup, le crépuscule était tombé, les rues s’étaient illuminées, les fenêtres, les boutiques, les becs de gaz, les lanternes des voitures, parmi le brouhaha du soir.

Son cousin, M. Desruyssarts, lui avait recommandé une pension de famille de la rue de Grenelle, une antique et respectable maison ; l’hôtesse, la vieille madame de M., avait la réputation de soigner ses dix ou douze pensionnaires comme des enfants adoptifs. Elle accueillit Marcelin avec une bonhomie correcte qui le séduisit.

Après dîner, il monta à sa chambre ; au milieu de ce Paris qui lui représentait la vie moderne, il était libre, maître de lui-même ; les bruits du dehors entraient par la fenêtre ouverte, et mille rêves, mille désirs anciens lui revenaient au cœur ; il se demanda si l’heure des accomplissements allait enfin sonner.


Il avait tenu autrefois, au collège, un petit livre de ses pensées intimes. Une nuit, quelques semaines après son arrivée à Paris, il écrivit :

« Dans ma première adolescence je me souviens de rêves bleus et dont les parfums sont devenus une fluide vapeur dans mon âme. Puis, comme après des catastrophes, ce fut une sorte d’effacement de tout, un oubli, une disparition, quelque chose comme l’obscur recommencement qui suit les bouleversements de la terre. Depuis que je suis installé ici, dans le confort et la régularité de ma vie paisible, je sens peu à peu se rouvrir la fleur de mon adolescence.