Un jour, il fit une lettre pour une jeune actrice admirée au théâtre ; mais, au dernier moment, il n’osa l’envoyer.

Pendant une semaine, il se persuada qu’il était amoureux.

La trop grande inutilité de son amour finit pourtant par le décourager. Et la crise passée le laissa plus calme.


Un autre jour, il écrivait dans son petit livre :

« De grandes confiances parfois renaissent…

» Je suis le voyageur qui entre dans la route ; la cité est lointaine ; mais dans les brumes je l’aperçois ; et puis, c’est le matin, et jusqu’au soir combien d’heures ! Je vois sans effroi la route longue, les pierres et les marais du chemin, les lassitudes du midi brûlant, les suites moroses des murs qui voilent de leurs circuits le but ; je ne crains point les brigands des bois, les sirènes des sources, les tonnerres qui peut-être gronderont dans les nuages. Dans le soir de la ville rêve quelque vierge prédestinée. »


Il ne comprenait pas qu’on n’aimât pas qui vous aime. Dans ses souvenirs classiques il restait choqué de Bajazet n’aimant pas Roxane, de Pyrrhus méprisant Hermione ; il souffrait de la Esméralda repoussant Claude Frollo ; toute sa sympathie allait à l’archidiacre contre l’aveugle jeune fille. Il ne doutait point qu’il eût aimé qui l’eût aimé ; l’amour non partagé lui semblait un monstre.