Deux samedis de suite, aux répétitions générales des Concerts Colonne, qu’il suivait assez régulièrement, il se trouva auprès de la fille de l’un de ses anciens professeurs du Collège. Elle était arrivée des premières, il salua son père, la salua. Et dans la salle mi-éclairée, sous les galeries vides et noires, parmi la foule élégante qui remplissait l’orchestre et les balcons, il considérait à la dérobée ce blond visage de jeune Parisienne, ces grands yeux brillants. Elle l’avait une fois regardé et avait souri. Il se promit de lui adresser la parole le samedi suivant.
Sous sa fenêtre passaient des groupes d’ouvrières, alertes, jolies, nu-tête et les cheveux voltigeants, la taille mince. Il les suivait du regard qui marchaient avec des balancements d’épaules et des rires et de juvéniles fronts au ciel.
Le troisième samedi, il ne vit pas à la répétition la demoiselle de ses pensées. Pourquoi n’était-elle pas venue ?…
— Quelle folie, se dit-il ! Qu’ai-je à espérer, à seulement désirer ? Je ne puis me marier avec elle. A quoi bon y penser ?
Aux jours gras, il alla au bal de l’Opéra. Son camarade d’école, Charles Berty, l’avait emmené. Ils se promenèrent, deux heures durant, parmi l’ennui des habits noirs, la trivialité des créatures débraillées. Les efforts de Charles à la gaîté, au flirt, le navraient et les navraient tous deux. A trois heures ils rencontrèrent les deux frères Crémone qui suivaient deux dominos assez propres. Marcelin assista à une demi-heure de cette campagne, puis accepta de souper avec ses trois amis et les deux dominos.
Au Café Riche, les dominos se démasquèrent ; c’étaient deux jolies filles, la blonde et la brune traditionnelles, d’un demi-monde de marque convenable. Il était assis entre l’aîné des frères Crémone et la brune, Angélique, se nomma-t-elle.