Le samedi suivant, il aperçut de nouveau, à la répétition, la fille de son ancien professeur. Il y avait une place libre derrière elle ; mais il fallait déranger vingt personnes ; il se risqua. En le voyant traverser les rangs, elle rougit et se détourna ; de toute la répétition, elle fit semblant de ne pas le remarquer. Son père ne lui rendit pas son salut.
… Tout était fini.
La nuit du bal de l’opéra lui avait laissé des souvenirs qui hantaient son imagination ; les premiers beaux jours de mars achevèrent de lui bouleverser les sens.
Il avait jusque-là vécu vierge, malgré les entraînements des camarades, peu tenté, isolé au milieu des autres, point précoce, pris par des regrets, des tristesses. Un soir, brusquement, il se dit qu’il fallait en finir. Dix heures venaient de sonner ; il était chez lui, devant des livres de droit ; il se leva pour prendre son chapeau, son pardessus, sortir…
— Où, se demanda-t-il.
Il ne savait pas.
Une angoisse l’étreignit. Il se découragea, remit au lendemain.
Huit jours passèrent, huit mortels jours, pendant lesquels il mâchonna sa résolution. Des difficultés existaient ; il ne savait où aller ; il ne voulait pas demander ; il craignait son inexpérience. Et ces difficultés, il les aggravait, en son esprit, par l’appréhension de l’événement. Et il remettait au lendemain, sans cesse ; une fois, il fit un copieux dîner dans l’espoir de se donner du cœur ; une autre fois il alla au théâtre. Son hôtesse, la bonne madame de M., s’inquiétait de ses sorties de tous les soirs.